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dimanche 7 juillet 2013

Des panels pour le marketing et les médias

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Jean-Marc Décaudin, Thierry Saint-Martin, Les Panels. Les panels au coeur de la démarche marketing, Pearson, 242 p. Index, Glossaire

Le marketing se nourrit, parfois jusqu'à l'indigestion, de données fabriquées par des panels. Internet en fait baisser les coûts de production (distribution, recrutement, traitement des données, etc.) aussi les panels en ligne se multiplient mais la méthodologie ne semble pas avoir progressé. La représentativité est toujours discutable, la déclaration des panélistes aussi.

Ce manuel passe en revue les différents types de panels qu'exploitent le marketing et la publicité  : panels distributeurs, panels consommateurs, panels pour la mesure des audiences ainsi que les panels dits de "source unique". Les auteurs ont mis l'accent sur le rôle et l'utilisation des panels, sur la description du marché français des panels. Ils n'abordent pas le traitement statistique des données panels, sujet déjà bien couvert (cf. infra) et concentrent leur attention sur le "comment ça marche", "comment on s'en sert". L'ouvrage constitue un outil de travail et de culture marketing de base. Tout étudiant se destinant au travail dans les médias, dans la publicité, dans le numérique  (Web marketing, data, etc.) et, évidemment, dans le marketing (chez les annonceurs ou les distributeurs) doit comprendre et connaître à fond les logiques des panels, leurs utilisations, leurs limites. Ce manuel, propédeutique, est adapté à leurs besoins.
De plus, l'ouvrage fourmille, en incises, d'anecdotes significatives : par exemple (p. 52), on y apprend ainsi que Wal-Mart a longtemps refusé de collaborer aux panels distributeurs pour ne reprendre sa collaboration qu'en 2012. On y notera aussi le côté discret et si peu people des patrons de la grande distribution allemande (Aldi, LidL) qui ne se prennent pas pour des stars, tranchant avec l'immodestie de ceux des grandes entreprises américaines du Web qui prophétisent à tout-va, urbi et orbi.

Les auteurs mettent bien en évidence la « brique élémentaire » du marketing qu'est le code-barres (EAN) ; en revanche, ils nous semblent sous-estimer l'évolution nécessaire de la brique géographique, qui devra aller bien en-deçà de la région (adresse IP, GPS, indoor location, etc.). La question du e-commerce est abordée, celle du drive aussi qui chamboulent la géographie du marketing et l'urbanisme commercial, donc la constitution des panels. D'une façon générale, l'ouvrage sous-estime les effets que la révolution numérique ne manquera pas d'avoir sur les panels et, par conséquent, sur l'analyse et la stratégie marketing. Nous pensons par exemple aux données produites par des capteurs dans les points de vente, par la reconnaissance faciale, par les supports mobiles, par Facebook et les réseaux sociaux (cf. La stratégie Facebook de Walmart), entre autres. Facebook n'est-il pas le gigantesque et le plus riche des panels. Cette sous-estimation est un effet nécessaire de l'exposition et des objectifs primordiaux des auteurs : dire l'état actuel, opérationnel, des panels en France. La dimension des panels est de plus en plus internationale, ce qui avance aux Etats-Unis se propage bientôt en Europe et en France (cfOnline GRP. Nielsen vs comScore)...

Peut-être manque-t-il à ce manuel une dimension plus épistémologique, une réflexion plus radicale sur le monde de production des données de panel qui mettrait davantage l'accent sur les limites induites par la notion-même de représentativité (les quotas, le recrutement de plus en plus difficile de panélistes), par celle de zone de chalandise et par celle de déclaration, notamment. Pire, celle de "chef de famille" (p. 118) héritée d'un autre siècle : beaucoup de familles vivent en démocratie ! En fait, nombre de notions clés du marketing traditionnel sur lesquelles reposent les panels, correspondent de moins en moins à la société de consommation actuelle et devront être bientôt reconsidérés.
Notons encore que peu de panels sont audités, ce qui pose un problème quand ces panels servent au cadrage d'études d'audience.
L'index et le glossaire, bienvenus, mériteront, pour une nouvelle édition, d'être sérieusement enrichis ; d'ailleurs un index des noms : entreprises, panels, etc. serait utile.

Tout ce qu'il faut savoir des panels n'est pas dans ce livre mais tout ce qui est dans ce livre est indispensable.


Voir aussi :
  • Patrick Sevestre, Econométrie des données de panel, Paris, Dunod, 2002, 224 p.
  • Régis Boubonnais, Michel Terraza, Analyse des séries temporelles, Paris, Dunod, 2010, 352 p.

mardi 30 août 2011

France des villes, France des champs


.François Clanché, Odile Rascol, "Le découpage en unités urbaines de 2010"INSEE Première, N° 1364, août 2011

L'urbanisation de la France se poursuit. En 1936, au temps du Front Populaire et des premiers congés payés, un peu plus de la moitié des habitants vivaient en ville ; aujourd'hui, ils sont plus des trois quarts (77,5%). L'étalement urbain se poursuit : baisse de la densité des territoires urbains. La ville mange la France, le territoire urbain absorbe la campagne, à petites bouchées (21,8% de la surface). Cet accroissement est d'abord le fait des plus petites unités urbaines (moins de 10 000 habitants).

La France compte 29 343 communes rurales et 7 227 communes urbaines ; dans cette analyse démographique du territoire, il faut considérer à part l'unité urbaine de Paris, avec ses 10,3 millions d'habitants, tandis que Lyon, tout comme Marseille-Aix-en-Provence, n'en comptent que 1,5 million. Si l'on ne peut plus opposer aussi brutalement "Paris et le désert français" (J-F Gravier) qu'en 1947, le déséquilibre reste frappant. Notons que dans les 5 départements d'outre-mer, l'urbanisation est beaucoup plus élevée qu'en métropole (98% en Guadeloupe).

Le travail des deux chercheurs de l'INSEE permet de disposer pour les unités urbaines de données à jour, claires et distinctes, fondées sur des définitions rigoureuses :  l'unité urbaine est définie pour les villes de plus de 2000 habitants, par le bâti continu (sans interruption spaciale de plus de 200 m). On compte 7 227 unités urbaines (dont 61 de plus de 100 000 habitants, regroupant 2010 communes), selon le zonage de 2010 que vient de publier l'INSEE. Lorsqu'elle s'étend sur plusieurs communes, l'unité urbaine est dite "aggloméation multi-communale". Certaines unités urbaines sont multi-nationales (Lille, Strasbourg, Valenciennes, Bayonne, Maubeuge).

Quelques références
INSEE, Unités urbaines de plus de 100 000 habitants en 2010
INSEE, Le nouveau zonage en aires urbaines en 2010
MediaMediorum, France des villes, France des champs
INSEE, Chantal Brutel, Un maillage du territoire français

Pour la publicité et les médias, la géographie de la population française n'est pas commode à exploiter, mais elle est indispensable, qu'il s'agisse du ciblage, du géomarketing, de la réglementation de l'affichage, voire même des quotas de sondages utilisés par les enquêtes. La géographie est indispensable également pour analyser et suivre l'aménagement du territoire cinématographique, la relation entre urbanisme et équipement en salles (cf.  les travaux du CNC, par exemple : "La géographie du cinéma", septembre 2011).

Les développements du géomarketing, du mobile et du local (voire de l'hyperlocal) rendent la notion d'unité urbaine encore plus nécessaire. Il ne suffit pas de géo-localiser un contact publicitaire ou commercial avec l'adresse IP ou longitude / latitude, encore faut-il caractériser cette origine géographique de façon opérationnelle. Ceci vaut a fortiori pour les enquêtes par téléphone, postales ou face à face. L'opposition canonique rural / urbain, souvent utilisée par les enquêtes, est peu discriminante et peut être remplacée par une typologie des unités urbaines, selon les tailles. De plus, la notion d'unité urbaine présente l'avantage de transcender les découpages politiques, même nationaux, et administratifs qui présentent peu d'intérêt pour le marketing, sauf d'être commodes (département, régions INSEE, etc.).

L'exploitation publicitaire de ces données reste à mettre à jour.
  • Quels sont les styles de vie propres à ces unités urbaines ? A quoi corespondent les écarts de croissance démographique observés entre les unités urbaines, selon leur taille ? 
  • Qu'est-ce qu'un mode de vie rural dans une France de moins en moins agricole ? 
  • Faut-il partir de ces oppositions géographiques pour constituer des quotas pour les études médias (cadrage) ? 
  • Que vaut encore la notion de "rurbain" forgée dans les années 1970 et qui fonda, entre autres, le marketing de l'affichage ? L'étalement urbain n'est pas "la ville éparpillée" de la rurbanisation (G. Bauer, J-M. Roux, Paris, Seuil, 1976), définie comme "imbrication des espace ruraux et des zones urbanisées".

lundi 31 janvier 2011

Etude coïncidentale TV en Allemagne

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Karl-Heinz Hofsümmer, "Reichweitenmessung im Fernsehpanel 2010: Valide Daten für Werbung und Program. Ergebnisse eines Externen Coincidental Checks des AGF/GfK-Fernsehpanels, Media Perspektiven, 12/2010, pp. 588-598.

Une étude coïncidentale externe constitue le moyen le plus sûr de contrôler (überprüfen) la qualité d'une autre étude. Dans ce cas, l'enquête par téléphone vérifie la validité des déclarations d'audience effectuées (via télécommande) par les membres d'un panel audimétriques (AGF / GfK).
L'enquête coïncidentale a été menée par TNS EMNID auprès de 8 000 foyers (19 000 personnes de 3 ans et plus), répartis dans tous les Etats de l'Allemagne (Länder). Le terrain a eu lieu en avril -mai 2010. Les résultats de cet échantillon indépendant sont confrontés à ceux de l'audimétrie individuelle, utilisés par le marché publicitaire pour allouer ses budgets (planning, achat).
Dans l'ensemble, l'enquête coïncidentale a confirmé la validité des résultats audimétriques ; les taux d'audience observés s'avèrent légérement supérieurs à ceux de l'audimétrie individuelle. Les écarts les plus importants proviennent de l'audience des 3-13 ans et des 14-29 ans, sous-estimée par l'audimétrie (effet bien connu des audiences hors domicile, chez des amis, etc.).
Cette enquête analyse également la consommation télévisée en différé (zeitversetzte Fernsehnutzung) et les audiences hors domicile, celle des invités (Gästenutzung) mais aussi celle des téléspectateurs qui regardent  à l'extérieur, lors de grandes manifestations sportives (café, bars, etc.). Cette audience, l'audimétrie la sous-estime évidemment, par construction. Enfin, l'enquête apporte des éclairages sur les activités concomitantes de la consommation de télévision : manger, lire, travail domestique, Internet sont les plus importants. Les audiences pendant le travail professionnel et pendant que l'on s'occupe des enfants ("Kinder versorgt") sont négligeables. A retenir : la télé se regarde de plus en plus avec Internet et de moins en moins avec les repas.

Cette enquête, conduite régulièrement en Allemagne, est sur bien des points un modèle du genre (échantillonage, passation, etc.). Un travail plus approfondi pourrait comparer les bases des deux échantillonages : comment valide-t-on une étude de calage ? Notons d'ailleurs que ne sont pris en compte que les foyers avec téléphonie fixe et que les foyers de ressortissants allemands et européens : donc ni les "exclusifs mobiles" ni les populations hors Union européenne. Cela fait déjà beaucoup...

De telles enquêtes, coïncidentales et externes, sont importantes pour le marché télévisuel ; le CESP les recommande en France. Faut-il une validation par une enquête coïncidentale externe chaque fois qu'il y a panel (Internet, etc.) ? Quels quotas doivent être mobilisés, comment les faire évoluer pour prendre en compte des changements sociaux dont le rythme s'accélère : équipements, comportements média, mobilité géographique, professionnelle ? Ces questions méthodologiques, et leurs conséquences économiques, se posent partout dans le monde ; elles deviennent cruciales et appellent de lourds investissments de recherche alors que l'offre de télévision s'accoît de manière... démesurable.
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lundi 27 décembre 2010

Medias au Maghreb

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Horizons maghrébins. Le droit à la mémoire, N°62-2010, "Médias au Maghreb et en milieu migratoire", Presse Universitaire du Mirail, Toulouse. 200 p., 22,5 €

Les travaux réunis dans ce numéro abordent principalement les aspects législatifs et réglementaires des médias, l'évolution du journalisme et la réception des médias audio-visuels (TV, radio, Web) dans différents contextes sociaux. A travers ces thèmes court la lancinante question de la liberté des médias et de sa répression par les Etats.
Un "cahier couleur" avec des reproductions d'oeuvres de Ursula Schmidt est consacré à la Mauritanie avec des tableaux montrant des paysages avec paraboles (cf. infra, couverture de la revue).
A la lecture de ces travaux, plusieurs questions émergent.
  • Commençons par un manque : un bilan systématique de l'offre télévisuelle aurait été bienvenu. Qui paie toute cette télévision, toutes ces chaînes diffusées par les satellites (Etats, annonceurs, partis, etc.) ? D'où viennent les programmes diffusés ? Les Etats du Golfe, fréquemment évoqués, apparaissent comme des acteurs déterminants de l'économie des médias consommés par les populations maghrébines (cf. le travail de Mohammed El Oifi, sur la "sociologie des journalistes maghrébins dans le Golfe"). Peut-on traiter des usages des médias sans un cadrage économique minimum ? Quid, par exemple, des participations croisées de News Corp. (Murdoch) et du prince saoudien Al-Walid ?
  • La dimension quantitative des consommations est absente, faute d'une mesure continue des audiences issue du marketing des mass-médias publicitaires. A la différence des médias commerciaux, les médias financés par les Etats (impôt) ne se soucient pas des consommations média : les médias commerciaux doivent vendre leur audience aux annonceurs, les médias d'Etat achètent leur audience.
  • Les travaux de type qualitatif ne comblent pas le déficit quantitatif. Et les intuitions qu'ils dégagent ne peuvent être pondérées faute d'outils de calages (évolution des équipements, de la réception, etc.). Les enquêtes quali sont, ici comme ailleurs, difficiles à mener : elles exigent de l'enquêté qu'il ou elle prenne du recul par rapport à sa pratique. De plus, les situations sociales et politiques dans lesquelles s'effectuent ces enquêtes ne peuvent qu'agraver les risques de biais et de conformisme.
    • Le travail de Kaddour Kendzi sur la place occupée par la télévision dans la vie des habitants des ksour (Sud-Ouest algérien) dégage les enjeux de la télévision comme facteur d'occidentalisation et la volonté de maintenir la socialisation traditionnelle (avec la télévision "on est là et on n'est pas là" ; "notre corps est là mais notre esprit est aileurs, dans les sphères de l'occident" énonce un enquêté, "jeune instituteur", pour décrire l'expérience télévisuelle (p. 38). 
    • Les entretiens conduits avec des "Algériens de Nancy" à propos de leur consommation de télévision (article de Souâd Touhami) montrent que l'offre variée de médias télévisuels se traduit par des stratégies de consommation diversifiées qu'accompagnent aussi divers types de discours de rationalisation. 
    • Agnès Levallois décrit les péripéties du lancement par France 24 d'une rédaction en arabe ; elle révèle les difficultés de l'internationalisation d'une antenne : questions de langues, de compétences journalistiques et de budget. Cette étude de cas privilégiée (l'auteur a dirigé ce lancement) révèle un concentré des difficultés de tout téléspectateur qui gère une consommation audio-visuelle pluri-culturelle : quels ingrédients mélanger pour personnaliser une consommation avec cette diversité de provenances, de centres d'intérêt, de langues. 

Quels changements en termes de connaissances des médias peut-on attendre de la multiplication des équipements de réception (antennes satellites) et de production / diffusion (ordinateurs, téléphonie mobile), de l'accroissmeent de l'offre média (télévision, Web) ?
  • Là où elle existe, comme en France, la mesure continue de l'audience des chaînes de télévision prend mal ou pas du tout en compte les chaînes en langues étrangères. Et il en sera ainsi tant que l'on travaillera à partir de panels, qui, par construction (contrainte économique), ne peuvent représenter que les populations, les médias et les pratiques majoritaires. 
  • En revanche, tout ce qui est transmis en numérique est plus aisément appréhendable grâce aux webanalytics qui permettent d'observer les comportements des internautes sur tous les sites, sans condition d'effectifs. A terme, des dispositifs de télévision connectée devraient faciliter la connaissance des comportements de consommation de la télévision et du Web arabophones ou berbérophones.
Ce numéro, dont nous ne mentionnons ici que quelques unes des contributions, met en évidence la difficulté de parler des médias des Maghrébins, qu'ils habitent au Maghreb ou qu'ils aient émigré (France, Canada). Ce numéro remplit son rôle en marquant les territoires, immenses, à défricher.
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