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jeudi 2 novembre 2023

Léo Ferré, il ya trente ans

 Léo Ferré L'indigné, Le Monde. Une vie, une oeuvre, octobre 2023, 122 p. Références.

Léo Ferré est mort il y a trente ans. Il est né en août 1916 à Monaco. Sa vie est toute une histoire. Au hasard : diplômé de Sciences Po (1935-1939), chante en première partie de Joséphine Baker (1954), il fait la connaissance de Charles Trénet (1941), en 1946, il chante au Boeuf sur le toit où il rencontre les Frères Jacques et Charles Aznavour ; en 1952, Catherine Sauvage interprète "Paris Canaille", chanson refusée par les Frères Jacques, Mouloudji et Yves Montand. Ferré anarchiste constant, écrira "Ni Dieu ni maître" en 1964 ; il  se "brouille" avec André Breton qui ne lui donnera pas de préface pour son recueil Poète... vos papiers ! En 1967, une chanson d'hommage à Edith Piaf lui est refusée par Barclay (elle évoquait Mireille Mathieu). 

A partir de 1969, il va habiter en Italie, près de Florence avec une jeune espagnole, réfugiée, sa future épouse, Marie-Christine Diaz. En 1969, Léo Ferré publie "C'est extra", la chanson contient un hommage aux Moody Blues. Le premier enfant de Léo Ferré et Marie-Christine, Mathieu, naît le 29 mai 1970, les parents se marieront en 1974. Quelques semaines plus tard naît leur première fille, Marie-Cécile. Manuella, leur seconde fille naîtra en  1978. Léo Ferré mourra le 14 juillet 1993 et sera enterré dans le caveau familial à Monaco. 

Sa vie, sa femme, Marie-Christine, la raconte en quelques pages d'entretiens, réalisées par Ludovic Perrin. Marie-Christine écoutait Enrico Macias, mais elle aime Dalida qui reprendra "Avec le temps", une chanson de Ferré. Mathieu Ferré se donne deux page pour évoquer son père, "ses nanas" et ses chansons puis il conclut : "peu importe pour qui les chansons d'amour ont été écrites, elles resteront bien plus longtemps que tout le reste". Et il y a l'hommage de Gaston Bachelard, bref : "Je ne vous ai pas lu seulement, mais je vous ai entendu". Ah ! les alexandrins !

Léo Ferré évoquait les journaux, en 1962, "Avec vos journaux pansements qui sèchent les plaies prolétaires"... Sa femme a racheté aux enchères, de justesse, à Rennes, le piano Steinway qui se trouvait sur l'île du Guesclin et dont a hérité Mathieu.

Ce magazine est riche de toute la vie, toutes les vies de Léo Ferré : on y trouve des interviews, de lui, à propos de lui ; on y trouve aussi une chronologie et des portraits et, pour finir, des extraits du Dictionnaire Ferré (2013). Dommage que l'on ne nous donne pas d'information sur un "détail" de la vie de Léo Ferré avec sa première épouse, qui lui aurait fait croire qu'il ne pouvait avoir d'enfants.


lundi 7 mars 2022

Le salon des Arts Ménagers : l'histoire

Marie-Eve Bouillon, Sandrine Bula, Plateau volant, moto laveur, purée minute. Au.salon des arts ménagers. 1923-1983, Paris 2022, Archives Nationales, CNRS Editions, 2022, 205 p.

Voici une histoire, celle d'un salon qui pendant une cinquantaine d'années a fait rêver une partie des français et françaises. Le CNRS en gère l'héritage confié aux Archives nationales en 1985. 

D'abord, il s'agit d'une fête populaire pour près de un million et demi de personnes (1962) qui fréquentent le salon et viennent y découvrir de nouveaux produits : caoutchouc synthétique, béton armé, acier inoxydable, matière plastique... et les nouveaux outils : réfrigérateurs, machines à laver, appareils de chauffage, de cuisson, aspirateurs...

On y célèbre d'abord la ménagère, et les enfants, mais aussi, nolens volens, la "liberté de l'avortement et de la contraception" (MLAC, 1975) ; depuis la loi de 1965, les femmes peuvent ouvrir un compte en banque sans l'autorisation d'un mari (donc avant 1968 et avant la loi Weil). "La française doit voter", demande-t-on aussi avec Louise Weiss, en 1936. Les revendications féminines s'adressent aux femmes et, par leur intermédiaire, à la société française dans son ensemble. Le salon est politique.

Les arts ménagers correspondent à la modernisation des styles de vie ; c'est désormais l'époque du baby boom. Le salon est aussi une grande machine médiatique, il a sa revue (L'Art ménager, la revue créée en 1927 qui devient Arts ménagers en 1950 qui survivra jusqu'en 1974,  associé à Madame Express et Cuisine Magazine) tout comme il a ses vedettes qui passent et en célèbrent les innovations. Présidents de la République mais aussi le comique des familles, Fernand Reynaud ! On est toutefois encore loin de Mon oncle, le film de Jacques Tati... Et le salon fait l'éloge du plastique que chante alors, aussi, avec humour, Léo Ferré, "Le temps du plastique"...

Que sont les "arts ménagers" ? L'expression remplace et déborde - et ennoblit - celle des "appareils ménagers" du salon de 1926, elle a une vocation plus large et désigne "l'art de savoir faire tout ce qui permet et protège le bien-être de la maison" (Larousse ménager, 1955), les outils de la nouvelle révolution industrielle, les objets techniques de la sphère domestique, y compris l'habitat. Mais ce sont d'abord les outils de la ménagère, puis bientôt de tous ceux et celles qui sont et font le ménage chez eux, qui nettoient, font la cuisine... Le salon est une nouvelle forme d'encyclopédie.

Le livre présente le salon et ses visiteurs. Mais sans sociologie. Qui sont les visiteurs de ce salon, comment leur composition a-t-elle évolué au cours de la soixantaine d'années de vie du salon ? Comment sont reprises, par le très grand public, les innovations présentées au salon, qui se veut première étape de leur diffusion ? Le livre ne donne pas non plus une description complète des objets et techniques montrées au salon. C'est dommage car c'est dans et par l'univers domestique et ses divisions que s'accomplit le travail de reproduction socio-économique (les jouets sont présents, par exemple, etc.) ? Et puis, enfin, pourquoi le salon s'arrête-t-il ? Les problèmes qui l'ont fait naître n'ont fait que s'amplifier alors que les femmes ne travaillaient plus seulement au foyer. Sociologues et historiens ont encore du travail.


mercredi 18 novembre 2009

L'Affiche Rouge : un plan média collabo

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Benoît Rayski, L'Affiche Rouge, Paris, Denoël, 2009, 160 p.

Tout média peut servir le pire. Aucun média n'a de relation privilégiée à la liberté et à la justice. La radio servit magistralement les nazis (Göbbelsschnauze, Volksempfängeret la télévision fit de son mieux (cf. la télévision française et les nazis). L'affichage a joué pleinement son rôle dans l'établissement et l'acceptation du gouvernement français de collaboration avec les nazis.

Ce livre est consacré à l'affiche qui fut placée sur les murs de la France pétainiste lors de la condamnation à mort, par un tribunal nazi, de 23 résistants des FTP-MOI (Francs-Tireurs et Partisans. Main d'Oeuvre Immigrée) du réseau Manouchian arrêtés par la police parisienne. 22 furent fusillés le 21 février 1944, l'une fut décapitée trois mois plus tard dans une prison de Stuttgart. Beaucoup venaient d'Europe de l'Est (Arménie, Hongrie, Pologne, Roumanie), certains d'Italie, un d'Espagne et trois de France) ; beaucoup avaient à peine une vingtaine d'années, ils avaient participé aux combats des Brigades Internationales en Espagne, ils avaient échappé à la rafle du Vél d'Hiv, certains avaient lutté contre les fascistes de Mussolini. L'honneur de l'Europe.

L'affiche de propagande nazie, au fond rouge sang, devait justifier leur condamnation aux yeux de la population. Cette affiche était la pièce centrale d'un plan de communication pluri-média élaboré par le gouvernement français deVichy (Propaganda Abteilung et Ministère de l'information) : aux 15 000 affiches, s'ajoutaient des tracts et un film pour les actualités cinématographiques.

"L'affiche rouge" prétendait dénoncer des criminels, elle en fit des héros de la Résistance à l'oppression, sans autres racines que la liberté et la générosité. Paul Eluard, puis Louis Aragon, du symbole retourné, firent deux poèmes ; celui d'Aragon (mis en musique et chanté par Léo Ferré), inspiré par la lettre de Missak Manouchian à sa femme, Mélinée, est devenu hymne à la justice, à la vie. "Communistes, juifs, rouges, étrangers", disait l'affiche : "nos frères", répondit le poète. Il y a une rue Missak Manouchian dans le XXème à Paris, une plaque dans le XIème, une autre dans le XIVème, un parc à Evry. C'est encore bien peu quand on compte le nombre de plaques commémorant les sabreurs de toutes époques.

L'auteur parcourt avec émotion l'histoire des condamnés, énonce les faits, explique. Tout commentaire est superflu. Admiration, honte. Difficulté d'un commentaire média.
Pourtant, il s'agit bien de média.

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Mise à jour, 15 février 2014
70 ans plus tard l'Affiche rouge est à la une d'un hors série de L'Humanité, avec poster reproduisant l'affiche et le poème d'Aragon (février 2014).

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