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jeudi 20 octobre 2011

L'emprise des cultures urbaines en France

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Le nouveau zonage en aires urbaines de 2010, Chantal Brutel, David Levy, Insee Première, N° 1374, octobre 2011

Seules 5% des personnes vivant en France échappent aux cultures de la ville. Toutes les autres obéissent à la ville : même les zones rurales vivent sous l'influence de la ville, même la campagne vit sous le règne de la ville.
En effectuant le zonage du territoire français en aires urbaines, l'INSEE établit une géographie de l'influence des villes. Le zonage est conçu en prenant en compte les déplacements domicile-travail issus du recensement de 2008. Pour chaque aire urbaine, on distingue un pôle et sa couronne. Appartiennent à la couronne les communes dont au moins 40% des actifs travaillent dans le pôle urbain considéré. Notons qu'il y existe des communes multipolaires dont la population active se répartit entre plusieurs pôles.
Cette méthodologie et ces définitions permettent de préciser, d'enrichir ce qu'apprend la notion d'unité urbaine fondée sur la continuité du bâti, notion qui peut donner l'illusion d'une discontinuité fonctionnelle entre ville et rural. Ces deux approches se complètent, s'enrichissent et se rectifient mutuellement.

Cette approche de la ville par son aire d'influence est particulièrement pertinente pour le travail publicitaire, qu'il s'agisse d'échantillonage (études de cadrage) ou de ciblage. L'étude ONE (Audipresse), qui étudie le lectoral de la presse française, recourt à la notion d'unité urbaine pour prendre en compte les types d'agglomération. Des variables sont d'ailleurs mobilisées qui peuvent s'avérer discriminantes pour le ciblage, telle que la densité de la population (distribuée en une quinzaine de catégories).
  • Qu'est-ce que vivre dans une commune rurale sous l'influence de la ville. En quoi ce mode de vie se distingue-t-il de celui des citadins sur le plan des médias ? 
  • Que vaut encore la variable classique de "taille de l'agglomération" ? A quelle explication de la consommation des médias peut-elle servir ? Comment peut-elle contribuer au géomarketing ?
  • Les bases de données utilisées pour le ciblage ou l'échantillonnage peuvent désormais                    associer aux identifiants géographiques les appartenances des personnes aux pôles d'influence et aux unités urbaines. Données pertinentes, gratuites et sans menace pour la vie privée.

dimanche 27 juin 2010

Histoire des commerçants "étrangers"

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Claire Zalc, Melting Shops. Une histoire des commerçants étrangers en France. Editions Perrin, 330 p. Bibliogr.

Depuis longtemps, l'immigration enrichit la France de nombreuses catégories de commerçants et artisans indépendants. On les connaît bien : selon les époques, maçons, chapeliers, tailleurs, épiciers, couturières, coiffeurs, profs de musique, restaurateurs, brocanteurs...
Dans cet ouvrage qui fut d'abord une thèse pour le doctorat d'histoire, Claire Zalc décrit les conditions d'entreprise de ces artisans et commerçants. Les éléments juridiques et administratifs alternent avec des notes biographiques et des données historiques générales. L'auteur raconte aussi la sociabilité par les boutiques, l'animation de la vie locale, les "chemins invisibles" d'un urbanisme vécu : le local redéfini.
Ces petits commerçants et artisans "étrangers", vulnérables et  bien souvent mal traités, débrouillards en tout genre instillent de la mobilité, de la flexibilité et du nomadisme dans une société française souvent "bloquée", voire coincée, conservatrice et aisément réactionnaire.
Ce sont tous des entrepreneurs, d'abord auto-entrepreneurs, souvent forcés à le devenir, fuyant des pays en proie à la misère, à l'anti-sémitisme, à la dictature. Entrepreneurs que la France "lâchera" au cours des années 1930-40, et parfois livrera aux nazis.


L'auteur montre la collusion bien calculée de l'intérêt personnel et de la xénophobie, toujours recommencée, qui, prenant prétexte de la protection contre la concurrence, servira finalement une "aryanisation" intéressée. Dès les années 1930, on voit ainsi les conditions de l'acceptation finale de la "collaboration" se mettre en place, doucement, efficacement. La description des procédures discriminatoires qui stigmatisent à petites touches, l'analyse de la méticulosité de l'administration française dans sa haine de l'étranger sont menées avec subtilité et précision. Il s'agit de l'une des meilleures analyses de la mise en place de l'acceptabilité de l'inacceptable. On souhaiterait que l'auteur guide son lecteur vers une théorisation de ses observations.

D'un point de vue épistémologique, beaucoup de notions que l'auteur mobilise pour rendre compte de ce que livre l'énorme documentation dépouillée mettent en évidence l'inadéquation des catégories de la statistique socio-professionnelle et démographique. L'activité économique indépendante résiste à la catégorisation courante conçue pour les activités traditionnelles, installées, routinisées. L'auteur propose d'autres notions, plus souples. Par exemple, celle de "maisonnée", empruntée à l'anthropologie, convient mieux que les notions de foyer, d'emploi et d'activité dans ces familles où tout le monde travaille à tour de rôle selon la conjoncture, selon la nécessité surtout. Quel statut donner au conjoint d'un(e) commerçant(e), par exemple ? L'auteur montre l'impossible distinction entre ouvrier et artisan, entre lieu de travail et domicile. Ou encore la pertinence du réseau et de la communauté plutôt que du quartier ou de la commune.
Que valent aujourd'hui encore ces catégories avec lesquelles on segmente encore, cible, décrit une population ? Quelle pertinence par rapport à l'activité économique effective ? Catégories forcément en retard sur le changement social, et qui le freinent : les catégorisations comportementales (comme on parle de marketing ou de ciblage comportemental) restent à inventer pour développer une sociologie agile qui fabriquerait des catégories à la volée, suivant les transformations de l'univers économique et des métiers.

Difficile, en lisant ce livre d'historienne, de ne pas penser aux start-ups actuelles avec qui ces commerçants / artisans partagent de nombreuses caractéristiques : l'adaptabilité, le goût de l'autonomie, de l'indépendance, l'acharnement à réussir, le pragmatisme et l'improvisation créatrice, le grand nombre d'heures travaillées loin des protections sociales courantes. Facteurs de mobilité, d'innovation, de changement.
Tout en rédigeant un grand livre d'histoire, Claire Zalc secoue des branches entières du "métier d'historien" et de l'histoire économique et sociale.
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