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mardi 28 décembre 2021

Spinoza dans toute son oeuvre et selon l'ordre de ses raisons

 Alexandre Matheron, Etudes sur Spinoza et les philosophies de l'âge classique, ENS Editions, Lyon, 741 p.,  2011, Index des noms, Index des passages cités de Spinoza, Préface de Pierre-François Moreau.

Voici une somme, celle des travaux d'Alexandre Matheron sur Spinoza (en dehors de ses travaux de thèse : Individu et communauté chez Spinoza, 1968 et Le Christ et le salut des ignorants chez Spinoza, 1971. Alexandre Matheron était LE spécialiste de Spinoza. 
Alexandre Matheron était d'abord un disciple de Martial Guéroult dont il a apprécié la méthode telle qu'exposée et mise en oeuvre dans Descartes selon l'ordre des raisons (publié en 1953). Le spinozisme est pour Guéroult comme pour Alexandre Matheron un "rationalisme absolu" (le réel est rationnel). 
Alexandre Matheron subit aussi l'influence de Pierre Lachièze-Rey dont Les origines cartésiennes du Dieu de Spinoza fut publié en 1932. Pierre-François Moreau dans sa préface souligne également l'importance d'un marxisme passé par la phénoménologie : "la magistrale étude de Jean-Toussaint Desanti", à qui il succède à l'ENS (Introduction à l'histoire de la philosophie, 1956), et Jean-Paul Sartre (Critique de la raison dialectique, publié en 1960). 
Pierre-François Moreau conclut son introduction en soulignant le langage cartésien de Spinoza : "parce qu'il n'a pas d'autre langage à sa disposition et qu'il doit forger sa pensée à travers ce langage - car on ne pense que dans un lexique, et on ne pense de façon originale qu'en modifiant peu à peu un lexique reçu".
L'oeuvre publiée est colossale : Spinoza est traité par tous les aspects possibles de son oeuvre et l'ensemble est divisé en deux parties : "Ethique, anthropologie, politique, religion", d'abord, puis "Ethique, ontologie, connaissance, éternité", deux parties séparées par deux lectures de Spinoza, l'une consacrée à Victor Delbos, l'autre à L'anomalie sauvage d'Antonio Negri.


dimanche 18 octobre 2020

Sur l'épistémologie des mathématiques

 

Hourya Benis Sinaceur, Jean Cavaillès. Philosophie mathématique, VRIN, 2ème édition revue et augmentée, 2019, 192 p. , Bibliogr.

La philosophe marocaine Hourya Benis Sinaceur a amélioré l'édition de l'ouvrage qu'elle a consacré à Jean Cavaillès. Jean Cavaillès était un philosophe français, normalien, épistémologue ; résistant sérieux, il fut condamné et assassiné par les nazis en 1944.

La première édition datait de 1994 (aux P.U.F.) ; cette nouvelle édition y a surtout gagné quelques références bibliographiques. Ce livre examine trois questions : tout d'abord, qu'est-ce que l'histoire d'une science déductive, question "sur la formation de la théorie abstraite des ensembles". Ensuite, deuxième question, celle qui concerne les pouvoirs de la méthode axiomatique. Enfin, qu'est-ce qu'une théorie de la science ?

Hourya Benis Sinaceur, normalienne et spécialiste de l'épistémologie des mathématiques, pose ces questions, clairement, et  suit les efforts de Jean Cavaillès pour y répondre. C'est par référence à son directeur de thèse, Léon Brunschvicg, dont il admire Les étapes de la philosophie mathématique et qui dirigera également la thèse de Raymond Aron, que Jean Cavaillès choisit l'histoire comme méthode d'investigation. Dans l'axiomatisation de la théorie des ensembles, il s'agit pour Jean Cavaillès de décrire d'abord le développement et le fonctionnement de la pensée mathématique pour, dans ces développements, repérer le "mécanisme de ses créations". Décrire pour expliquer. Double quête, déclare Hourya Benis Sinaceur : "l'histoire et la raison de l'histoire, le devenir et la nécessité de son avènement".

"Je ne cherche pas à définir les Mathématiques mais, au moyen des Mathématiques, à savoir ce que cela veut dire que connaître, penser ; c'est au fond, très modestement repris, le problème que se posait Kant. La connaissance mathématique est centrale pour savoir ce qu'est la connaissance". Voilà l'enjeu d'une philosophie des mathématiques pour Jean Cavaillès. Et c'est ce travail à l'oeuvre que veut montrer le livre de Hourya Benis Sinaceur. Et le livre n'est pas facile, nous met en garde son auteur, qui cite Gaston Bachelard en introduction : "Pour le lire Cavaillès, il faut travailler".