samedi 18 juillet 2026

Nietzsche penseur des techniques

 Nietzsche et les techniques, sous la direction de David Simonin, Paris, PUF, 1925, 370 p., Bibliogr.

On connaît un peu le poète de "Zarathustra", on connaît parfois le polémiste, on connaît plus rarement le professeur qui à Bâle enseigna brillamment les classiques  grecs... Voici le technicien, du moins celui qui réfléchit sur les techniques, leurs places, leurs rôles dans l'histoire économique et sociale. Et c'est un livre bienvenu qui évoque cette dimension mal connue, voire inconnue, des réflexions et du travail de Nietzsche. Nous nous contenterons ici toutefois de deux aspects techniques que cet ouvrage, dirigé par David Simonin, normalien et philosophe, met nettement en évidence : le creusement du tunnel du Saint-Gothard et la machine à écrire.

La dynamite (la nitroglycérine, inventée par Alfred Nobel en 1866) facilite le percement du tunnel du chemin de fer du Saint-Gothard qui permet à Nietzsche de se rendre à Gênes, à Rapallo, Portofino et Santa Margherita ; il fait du philosophe un "bon Européen". Le livre accorde une place très importante à ce tunnel.

Frédéric Porcher dans sa contribution, "Machine et exploitation chez Nietzsche", confronte judicieusement les idées de Friedrich Nietzsche à celles de Karl Marx sur le machinisme moderne et sur la science économique. Confrontation délicate mais éclairante.

"La "machine à écrire des poèmes joyeux" : tel est le titre que donne à son intervention Paolo d'Iorio, éminent spécialiste de l'oeuvre de Nietzsche. "Unser Schreibzeug arbeitet mit an unseren Gedanken. Wann werde Ich über meine Finger bringen, einen langen Satz zu drücken ", ces phrases qui anticipent les réflexions de Marshall McLuhan sur les médias, traduit l'influence des tapuscrits de Nietzsche (57 pages pour 33 610 caractères) sur son oeuvre.

Au total, une somme de travaux très complémentaires qui donnent à comprendre la philosophie de Nietzsche, dans les détails.