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mardi 16 août 2022

Un crime dans le métro : le fait divers, c'est toute une histoire

 Christian di Scipio, Le crime du métro, Paris, 2018, Cap Béar éditions, 405 p.

C'est l'histoire d'une belle veuve, Yolanda, italienne d'origine, bilingue, qui avait épousé le fils de son patron en France. Veuve, elle tourne la tête de bandits, plutôt de droite, plus ou moins concernés par la politique du Front Populaire en France et qui, appartenant à la Cagoule, liés à Mussolini, veulent régler la situation de ces immigrés italiens que l'on considère, en Italie fasciste, comme gênants. 

Mais elle se fait aussi draguer par un étudiant en médecine, jeune collaborateur d'un journal de la presse communiste, Ce Soir, qui vient d'être lancé récemment, et que co-dirige Louis Aragon qui, comme Zola, fait l'éloge des faits-divers. Le journal est lancé le 1er mars 1937, le crime a lieu le 16 mai. 

On la voit aussi avec ses amies de travail de l'usine Maxi, ouvières, dans une usine de cirage à Saint-Ouen ; on la voit comme elles, au bal, dans les guinguettes, draguant un marin. On la voit encore dame-vestiaire à L'As de Coeur. On la suit aussi et surtout dans ses contacts avec l'ambassade d'Italie en France et dans ses voyages d'espionne dans les trains de nuit (le Train Bleu, c'est confortable !). 

Elle doit obtenir des renseignements sur un opposant au fascisme, mais elle le trouve, lui et son épouse, plutôt sympathiques : "pourquoi aider à faire du mal aux Rossetti, des gens si charmants" se demande l'héroïne. Belle, innocente, cette femme de trente ans "allume", séduit mais ce n'est pas une criminelle... Bien sûr, elle se rend en Italie mais de retour à Paris se dit, comme Joséphine Baker :  "J'ai deux amours, mon pays et Paris" (p. 128). "Sa France" !

Le roman est plutôt bien construit, surtout au début. On est dans un roman, un peu policier. La fin est plus dispersée, compliquée comme l'enquête. Saura-t-on jamais qui a tué cette femme, le dimanche de la Pentecôte, à six heures du soir, dans un wagon de première classe du métro parisien ? Travail de professionnel ? Crime politique, crime d'un amoureux fou ?

Travail d'historien, travail de journaliste, fiction ?  Fait-divers. Sûrement, mais pas seulement. Le lecteur s'y perd un peu. L'héroïne est agréable, elle n'a pas de sympathie fasciste et semble un peu neutre ; elle a un employeur, l'Ambassade d'Italie, certes, mais elle a déjà travaillé pour l'ambassade d'Union soviétique qui fit assassiner Navachine, banquier trop peu stalinien. Alors, apolitique la jolie espionne ?

C'est l'époque de "la môme Piaf", on boit des Birrh, on aime le Balajo, on lit Comoedia, L'Intransigeant, Le Figaro, Le Petit Parisien, Le Populaire, on écrit avec une machine Underwood, on roule dans des Citroën Traction Avant, des Simca-Fiat ou des Panhards. C'est l'époque de Michèle Morgan et Jean Gabin (Quai des Brumes !). Bien sûr, c'est aussi  l'époque du journal Je suis partout qui continuait de déclarer Dreyfus coupable, journal fasciste où écrivent, quand même !, Jean Giraudoux, Drieu la Rochelle, Céline tandis que les militants de la Cagoule s'abreuvent de l'argent des entreprises Renault, Ripolin, Michelin ou Lesieur. Temps bizarre que l'historien décrit par petites touches, tranquillement, comme en passant. On a bien un roman policier mais on a surtout une description historique, assez précise, de la société française.

mercredi 17 février 2016

La presse au miroir d'une Histoire : le meurtre de Weimar


Johann Chapoutot, Le meurtre de Weimar, Paris, puf, 2015, 97 p. Bibliogr

Comment l'Allemagne a-t-elle succombé au nazisme ? Les explications globales sont multiples : l'expérience de la brutalité durant la guerre de 1914-18 (les tranchées, le gaz, etc.), l'humiliation qui fait suit au traité de Versailles, la crise de 1929, le chômage, la collaboration du grand patronnat.... En revanche, les démonstrations menées à partir de cas méthodiquement analysés sont rares. Johann Chapoutot approfondit dans ce livre le cas de l'assassinat par des membres des milices nazies (la SA.) d'un ouvrier communiste en Silésie. "Ce meurtre devint une affaire, et le fait un événement par la vertu du calendrier". Qu'est-ce qui fait qu'un "fait" passe de "divers" à "historique" ?

L'analyse de Johann Chapoutot est précieuse tant au plan des résultats que de la méthodologie mobilisée. Les sources originales répertoriées (une liste de plus de 6 pages) font surtout appel à la presse nazie, au quotidien Völkischer Beobachter dont Hitler est le seul actionnaire ("völkisch" est un terme de la langue nazie, difficile à traduire, qui renvoie à das Volk, le peuple, donc à populaire, populiste). Son sous-titre déclare sans détour son but : Kampfblatt der nationalsozialistischen Bewegung Grossdeutschlands (1920-1945), journal de propagande et "feuille de combat" des militants du parti nazi pour le "grande Allemagne", journal d'ailleurs issu d'un titre antisémite racheté par le NSDAP puis par Hitler.

Tout se passe comme si l'auteur reconstituait à partir de ces documents les raisonnements des acteurs nazis, raisonnements et argumentations dont la presse quotidienne nazie est à la fois le reflet, le témoin et l'acte, un performatif politique, en quelque sorte. Comment la SA (Sturmabteilung) de Ernst Röhm a forcé la main de Hitler, comment la convergence d'un crime et d'une législation d'exception conduisit à l'illégalité puis à la promotion d'une légalité nouvelle (que théoriseront bientôt Alfred Rosenberg puis, bien sûr, Carl Schmitt) ?
Du point de vue méthodologique, il y a dans ce livre beaucoup à retenir sur la relation entre presse et événement, "comment l'historien peut y lire, sous l'écume de l'actualité, les courants profonds de plusieurs histoires". Bien sûr, on ne peut que se demander ce qu'apporterait la confrontation avec la presse du parti communiste (KPD). Mais ce n'est pas ici le sujet.
En plus de la presse nazie, l'auteur illustre et complète son travail à l'aide de brefs commentaires sémiologiques de quelques reproductions d'affiches électorales des différents partis.

Superbe travail, concis, précis, informé, clair. Belle démonstration d'histoire et de science politique des médias.

dimanche 8 novembre 2015

Aragon, toutes ses vies


Philippe Forest, Aragon, Paris, Gallimard, 2015, 889 p., Index, 29 €.

La vie de Louis Aragon est comme un roman. On dirait du Balzac. Aragon lui-même y taillera des chapitres pour ses romans. D'où naîtront des difficultés majeures pour le biographe : que lui faut-il croire de ce qu'écrit Aragon, lui qui s'est voulu spécialiste du "mentir-vrai", cet art romanesque où se mêle la vie vécue à la fiction ?

L'auteur de cette biographie est romancier, Professeur de littérature et journaliste littéraire. Soucieux d'exhaustivité, il explore la vie et l'œuvre d'Aragon avec prudence, suspendant ses jugements et s'en tenant aux faits quand on les connaît, au doute quand il ne sait pas ; son travail est servi par une documentation impressionnante. Attitude salutaire et agréable au lecteur, ainsi respecté. Car, par exemple, que savons-nous de ce que savait / croyait savoir Aragon du stalinisme, que savons-nous de ses vies amoureuses ? Que croyait-il lui-même de sa famille, comment l'a-t-il vécue, cette famille impensable ? Que savons-nous du couple Louis Aragon / Elsa Kazan ? Entreprise redoutable que de raconter Aragon : heureusement, le biographe ne tente pas, au nom d'une thèse quelconque, de concilier, en une vue unique et artificielle, les différents moments d'une vie, ses constantes contradictions, en proie au "vertige du moderne". Pas de psychologie d'Aragon, pas de "carrière" d'Aragon...

Louis Aragon au cours de sa longue vie (1897-1982) a beaucoup changé de fidélités, il les a parfois cumulées. Surréaliste, intime d'André Breton, proche quelque temps de Dada, il fut sans cesse révolté. Il y a du Guy Debord chez le jeune Aragon, célébrant les déambulations dans Paris, pestant contre "l'idole du travail", insultant le bourgeois et les puissances du moment, y compris "Moscou la gâteuse". Communiste, par calcul, peut-être, mais fidèle jusqu'à la fin ; son image sert le parti... dont il avale et fait avaler les couleuvres staliniennes mais il soutient et aide Rostropovitch, déchu de sa citoyenneté soviétique.
Résistant par la plume... mais pas par le fusil, resté en France alors que beaucoup d'intellectuels se sont réfugiés aux Etats-Unis. Soutenant les Républicains espagnols que la France du Front populaire délaissa quand Hitler bombardait Guernica. Ce pacifiste fut mobilisé dans les deux guerres dont il revint chaque fois glorieusement décoré. Médecin au front, il y a fréquenté de tout près l'horreur, la douleur, les souffrances.

Poète de l'amour courtois pour Elsa, Louis Aragon, féministe, déclare prendre le "parti des midinettes". Ses modèles féminins empruntent à la fois au personnage d'Aliénor d'Aquitaine et à celui de Clara Zetkin, communiste allemande.
Germaniste, germanophile, il doit participer à l'occupation de l'Allemagne. Polyglotte, il traduit, à l'occasion, de l'allemand, de l'anglais, du russe, de l'espagnol : Bertold Brecht, Lewis Carrol, Maïakowski, Rafael Alberti. Il se veut d'abord du parti des poètes, des troubadours à Hölderlin.

Professionnellement, Louis Aragon fut d'abord un homme de presse. C'est avec la presse qu'il gagnera sa vie, qu'il accumulera du pouvoir, du capital social.
Toute sa vie, il fut journaliste, directeur de journaux et de revues, de la presse quotidienne, Ce Soir (1937-1939), à la presse littéraire, les Lettres françaises (1941-1972). Il écrit dans L'Humanité où il commence par couvrir des faits divers, des grèves, des accidents avant de donner des éditos politiques. Louis Aragon ne crachera jamais dans la soupe des médias et il revendiquera même cette dure école : « La plupart des écrivains considèrent le journalisme comme un obstacle à leur art, ses obligations comme desséchantes pour leur génie. Moi, je dois tout à ce stage aux travaux forcés. À la pauvreté d'alors. À l'absence de complaisance des gens. A leur cruauté même. Merci. ». André Breton, en revanche, dénonçait le journalisme mais s'abonnait quand même à l'Argus pour collecter les coupures de presse le concernant.
Tout au long du livre, l'auteur effectue une description peu ragoûtante du champ littéraire français, description que Paul Nizan, avec qui il travailla dans la presse, n'aurait pas reniée. La littérature aussi a ses "chiens de garde" : mesquineries, méchancetés, coups bas, jalousies... "Hypocrisie" y est reine, là aussi. En observateur lucide, Louis Aragon, du cœur du champ littéraire, anticipe dans Clarté, dès 1926, la formation d'un "prolétariat de l'esprit" et "l'inféodation de l'esprit au capital".

Sur la vie d'Aragon, le biographe n'a pas de thèse à défendre, il raconte, sans prendre parti, sans donner de leçon.
Désormais ouvrage de référence, son gros livre suscitera diverses lectures : lectures de sociologues et d'historiens de la littérature et des médias, lecture de science politique, mais aussi, tout simplement, lecture d'un vaste roman à la manière des œuvres d'Aragon. On peut le lire comme un feuilleton, d'épisode en épisode, ou dans le désordre, comme un manuel universitaire, comme une anthologie... Toujours avec profit, toujours avec plaisir.


Sur Louis Aragon :

vendredi 19 juin 2015

Colette : plus d'un demi siècle de journalisme



Colette journaliste. Chroniques et reportages, 1893-1955, Texte établi, présenté et annoté par Gérard Bonal et Frédéric Maget, Paris, Editions du Seuil, 2010, 438 p., 11,8 €

Le journalisme occupa une grande part de l'activité littéraire de Colette (1873-1954), à côté de ses romans (Claudine, Gigi, Chéri, Le blé en herbe, La vagabonde, L'ingénue libertine, etc.) et de sa carrière d'actrice au music-hall.
Œuvre parallèle ?

La relation presse / littérature dans une œuvre est elle articulation de talents différents. La presse apparaît d'abord comme gagne-pain régulier tandis que l'œuvre se construit, plus risquée : en cela, Colette suit la voie tracée par Honoré de Balzac, Victor Hugo, Théophile Gauthier, Charles Baudelaire, Emile Zola... Plus tard, Albert Camus. Mais la relation à la presse n'est pas seulement alimentaire. La presse est aussi pourvoyeuse de contenus, de matière première littéraire : faits divers, événements, représentations théâtrales, sport, procès, conseils imposent leurs sujets, leur genre, leur vérité ("l'imagination, c'est la perte du reporter")... Surtout, le travail de journaliste ne laisse que peu de choix, il impose son calendrier, son format (longueur imposée), ses délais de bouclage (la presse est un "ogre qui se repaît à heures fixes"). D'une certaine manière, le journalisme est un genre à formes fixes.

Le journalisme peut être aussi un plaisir. Colette dira combien elle a aimé l'ambiance et la vie des journaux et même l'exigence quotidienne du quotidien : «Tous les jours, tous les jours, je courrai l'aventure d'écrire. Tous les jours un souci s'éveillera en même temps que moi, m'accompagnera en voyage, nagera l'été à mon flanc et s'insinuera dans songes  [...] La passion ne m'en a pas quittée." (1933, La République).
Le journalisme de Colette enrichit l'écriture de ses romans, il lui impose aussi progressivement l'habitude du décentrement, de l'observation minutieuse, de la simplicité et de la clarté, de la concision. Le talent de la romancière affecte en retour le journalisme : " Colette a créé une forme de journalisme absolument nouvelle, un journalisme lyrique – lyrique n'est pas enthousiaste –, fondée sur les rencontres quotidiennes d'une vie de femme". Bouclant la boucle, son travail de journaliste sera repris et publié en recueils (Les vrilles de la vigne, Les heures longues, Paris de ma fenêtre, etc).

Dans ce volume, les éditeurs ont réuni 130 articles écrits par Colette, la plupart inédits en librairie, précédés d'une préface de 35 pages. Les articles de Colette sont disséminés parmi de nombreux titres de presse (Vogue, Gil Blas, Le Petit Parisien, Le Figaro, Marie Claire, le Mercure de France, Le Petit niçois, La Revue NantaiseLe Matin, Le Film, etc.). Bien sûr, pour être réunis dans un livre traditionnel, de papier, ces articles ont été dépouillés de leur contexte, de leur format, de la titraille, et c'est dommage : l'article de journal est indissociable de son environnement rédactionnel et de la charte graphique, dont relève aussi la publicité. Que pourrait faire l'édition numérique pour restituer ces articles dans leur environnement premier ?

Colette a fait tous les métiers du journalisme : chroniqueuse, critique et reporter. Du métier de reporter, elle dira : "Il n'y a qu'une consigne qui est : "Débrouillez-vous". Avec le reportage, il ne s'agit pas seulement d'écrire, assise tranquille à son bureau ; nous sommes loin d'un journalisme de la chaire et de la réécriture de dépêches d'agences ou de communiqués de presse. Le reporter doit conquérir son information avant d'écrire son article.
Moderne, Colette est féministe ; elle ouvre dans Paris-Soir, que dirige Pierre Lazareff (novembre 1938), la rubrique "une femme parmi les autres" : " Chaque semaine, notre grande Colette examinera ici le cas d'une femme prise parmi les femmes [...] Colette s'efforcera de déchiffrer, à travers les lignes multiples de ces destins, l'énigme des femmes d'aujourd'hui". "Colette, l'affranchie", titrera le Hors série du Monde qui lui est consacré, en septembre 2015)

L'ouvrage contribue autant à l'histoire de la presse et du journalisme qu'à celle de la littérature, et de leurs échanges. Livre d'histoire et d'histoires.

dimanche 26 avril 2015

"Der Witz", non, ce n'est pas une blague !


Andreas B. Kilcher, Poétique et politique du mot d'esprit chez Heinrich Heine / Poetik und Politik des Wiztes bei Heinrich Heine, Paris, Editions de l'éclat, 2014, 107 p., Index. 7€

Produit dans le cadre d'une coopération entre l'université de Aachen (Aix-la-Chapelle) et celle de la Sorbonne Paris 3, ce texte est celui d'une conférence Franz Hessel ; il est publié en deux langues, l'allemand et sa traduction en français.

La notion de Witz, rendue célèbre par Freud sous le nom de "mot d'esprit" (Le Mot d'esprit et sa relation à l'inconscient, 1905), date de l'Europe des Lumières (18e siècle) ; notion philosophique, elle renvoie à celle du français "bel esprit", de l'anglais wit, ou "ingenium" en latin. Lessing oppose le Witz au génie : le génie relève de la clarté et de la simplicité classiques, tandis que le Witz renvoie au complexe et à l'hétérogène du romantisme. Le génie aime la simplicité, le Witz aime la complication (Lessing). "Le Witz réside en cela qu'il dévoile le caractère borné de toute identité fixe, et relie les choses les plus lointaines, les plus disparates". Le Witz évoque la dispersion de la data, les connivences inattendues tandis que le génie évoque la logique calculée des classifications "logiques".

Heinrich Heine, après Voltaire (article Esprit de l'Encyclopédie), rattache le Witz à la notion de métaphore et lui donne une dimension critique, humoristique, polémique et politique. Le Witz permet de contourner la censure. Sur le plan du style, le Witz refuse la linéarité, la simplicité de la narration (simplification), la prévisibilité, lui préférant une forme chaotique faite de digressions, d'associations et d'omissions. Les Tableaux de voyage (Reisebilder) de Heine se prètent particulièrement bien à cette forme liant des contenus hétérogènes, "rapiéçage de toutes sortes de chiffons", montage inattendu, surréaliste. L'auteur montre le Witz à l'œuvre dans les ouvrages où Heine se moque des institutions, de l'Université, des religions, des administrations, et, c'est logique, des systèmes classificatoires (Linné)... Heinrich Heine est un provocateur, son style inquiète, il invite à penser, ne laisse pas ses lecteurs tranquilles, suspecte la prévisibilité du monde social, la linéarité des énoncés, promeut "l'intranquillité" (cf. Fernando Pessoa).

Le texte d'Andreas B. Kilcher en démontant méticuleusement la notion de Witz dégage son rôle dans le style de Heine. Au-delà, à l'aide des idées mobilisées dans ces analyses, on pourra démonter avec profit les styles narratifs à l'œuvre dans les médias (storytelling, reportages, faits divers, etc.). Qu'impliquent de consentement certains styles narratifs, dans les réseaux sociaux, par exemple ? Qu'est-ce qu'ils imposent imperceptiblement et rendent acceptable ?

jeudi 16 avril 2015

Le journalisme selon Balzac


Balzac journaliste. Articles et chroniques choisis et présentés par Marie-Eve Thérenty, GF  Flammarion, chronologie bibliographie, index, 2014, 400 p., 9, 80 €

Balzac fut un homme de presse. Son activité littéraire, hybride, fut partagée entre journaux et romans. La Comédie humaine emprunte beaucoup à ses articles, à ses romans-feuilletons, aux faits divers. Le journalisme est partout présent dans son œuvre. Des journalistes, pourtant, il dira que ce sont des "rienologues" et ses ouvrages ne manquent pas de diatribes contre les journalistes. On se souvient que TF1 a diffusé une longue fiction biographique consacrée à Balzac en automne 1999 qui montrait ses débuts dans la presse.

Le travail de Marie-Eve Thérenty, professeur de littérature à l'université de Montpellier, spécialiste des rapports entre presse et littérature, rééquilibre l'image classique de Balzac, celle que l'on enseigne en classe, celle que colportent les outils scolaires. Le romancier fait une large place au journaliste. A cette époque, la presse prépare au roman, "le petit journal" étant "le premier atelier d'écriture de la monarchie de Juillet".
L'auteur est une remarquable historienne de la presse et son anthologie est précédée d'une présentation minutieuse ; on y suit la carrière journalistique de Balzac, du "petit journal" aux "grandes revues" où il prépublie ses romans. On y suit aussi son évolution politique et surtout la genèse de son œuvre littéraire : "une grande partie de l'œuvre balzacienne s'est inventée dans la presse, qui a constitué par bien des aspects le creuset de la Comédie humaine" estime Marie-Eve Thérenty ; selon elle, "l'hybridation entre l'œuvre journalistique et littéraire est la caractéristique la mieux partagée des écrivains du XIXe siècle".

Praticien de la presse, journaliste, directeur de journal, Balzac s'avère un théoricien et un sociologue des médias, ce dont témoigne sa "Monographie de la presse parisienne" (1843).
Les articles et chroniques réssemblés dans l'ouvrage sont classés et regroupés d'après leur genre journalistique : les "petits journaux", la caricature, le fait divers, les revues, les "Lettres sur Paris" et "Balzac défenseur des artistes et des écrivains". Regroupement commode, certains de ces textes n'étaient pas faciles à trouver.
Comme pour tous les ouvrages de cette collection (Baudelaire, Gautier, Hugo, Zola), nous sommes en présence d'un excellent outil de travail et de culture, qu'il s'agisse d'histoire littéraire ou d'histoire des médias. Et le travail de Marie-Eve Thérenty multiplie les raisons de lire et étudier Balzac.

mardi 21 janvier 2014

Victor Hugo, journaliste ?


Hugo journaliste. Articles et chroniques, choisis et présentés par Marieke Stein, Paris, GF Flammarion, 2014, 463 p., Bibliogr., Index.

Quelle fut la relation de Victor Hugo à la presse au cours de sa très longue carrière politique et littéraire ?
Le titre de l'ouvrage est quelque peu trompeur car si Victor Hugo recourt à la presse pour faire connaître ses opinions, il n'a pas été journaliste, encore moins directeur de journal. D'ailleurs, il n'a pas tiré de revenus directs de la presse (feuilletons, comme Zola ou Baudelaire). Il utilise la presse comme tribune politique pour faire connaître et propager ses opinions : proclamations, adresses, lettres aux éditeurs. Pourtant, Victor Hugo a effectué un discret travail de journaliste, observant et notant des faits au jour le jour ; mais ce travail journalistique (Choses vues) ne sera pas publié de son vivant (aujourd'hui chez Gallimard, Paris, 2002, 1421 p.).

Les textes réunis par Marieke Stein sont répartis en trois catégories : les articles et chroniques (publiés au début de la carrière littéraire de Victor Hugo, alors ultra-royaliste), ensuite les interventions politiques dans la presse et, enfin, les interventions pour la défense de la liberté de la presse et la défense des journalistes.
Le choix de textes réserve des surprises : en effet, les textes à tonalité journalistiques de Victor Hugo (comme ceux d'autres écrivains) sont généralement absents des manuels scolaires et des anthologies littéraires ; leur légitimité culturelle est moindre. A titre d'exemple, je signale le texte intitulé "Les condamnés à mort", publié dans Le Rappel pour défendre des communards : "un homme condamné à mort pour un article de journal, cela ne s'était pas encore vu", ou encore le texte de Victor Hugo prenant la défense de son fils menacé de la prison pour avoir attaqué la peine de mort dans L'Evénement (16 mai 1851).

Liberté de la presse, dénonciation de la peine de mort, éducation pour tous sont les thèmes constants des interventions de Victor Hugo dans la presse à partir de 1848. Victor Hugo défend systématiquement les journalistes condamnés. Il ne cesse de répèter que la presse concourt à la souveraineté du peuple et à l'éducation, qu'elle constitue un "vaste enseignement public et presque gratuit". Sans elle, le suffrage universel est vain. Il soutiendra les initiatives d'Emile de Girardin pour lancer des titres populaires et bon marché (La Presse, 1836).
Finalement, note Marieke Stein, aux faits, Victor Hugo préfère les idées et, au journalisme, la littérature (qu'elle qualifie joliment de "journalisme non périssable"). Les faits sont pour Victor Hugo des "idées à l'état de germe". Dans ce primat accordé aux idées sur les faits, on peut entrevoir le péril qui menace le journalisme : ne pas s'en tenir aux faits, leur préférer le confort des opinions. Doxosophes.

N.B. Dans cette collection, GF Flammarion a publié Balzac, Baudelaire, Gauthier et Zola journalistes.

dimanche 7 avril 2013

Des primates à Facebook, du grooming au bavardage


Robin Dunbar, Grooming, Gossip and the Evolution of Language, Cambridge, Harvard University Press, 1996, 230 p.,  Bibliogr., Index

L'ouvrage de Robin Dunbar, publié dix ans avant le développement des réseaux sociaux, permet de mieux comprendre leur rôle et certaines de leur propriétés et limites. L'auteur puise son information dans des  travaux de paléo-anthopologie. Deux types d'observations se trouvent au départ de son travail :
  • le grooming chez les primates (10 à 20% de leur temps en gestes de proximité, contacts, réciprocité, etc.).
  • la relation entre la taille du cerveau des primates et la taille des groupes dans lesquels ils évoluent : plus le cerveau est important plus l'univers de socialisation est étendu. La taille optimum des groupes humains est ainsi obtenue (Dunbar's number). Ce nombre 150, Dunbar le retrouve dans diverses situations de socialisation comme celle des échanges de cartes de Noël (cf. R.A. Hill, R. I. M. Dunbar, "Social network size in humans", Human Nature, Vol. 14, N°1, pp. 53-72). Notons que c'est le nombre de membres autorisé par une messagerie instantanée comme Path.
Professeur de psychologie à l'université de Liverpool, Robin Dunbar est aussi l'auteur d'un ouvrage de vulgarisation plus récent : How many Friends Does a Person Need? Dunbar's Number and Other Evolutionary Quirks (Harvard University Press, Cambridge, 2010).

Robin Dunbar fait l'hypothèse que, chez les humains, le grooming s'est mué en bavardage, pour gagner du temps (le grooming classique aurait occupé 45% du temps des humains) : "I am suggesting that language evolved to allow us to gossip". Se déduisent de cette thèse première plusieurs conséquences dont nous retiendrons celles qui permettent de mieux observer et comprendre les réseaux sociaux numériques.
Le bavardage, terme péjoratif, traité avec condescendance serait en réalité essentiel. D'où le succès des réseaux sociaux numériques qui accordent au bavardage une place primordiale.
Le langage est d'abord fait pour bavarder, pour se tenir au courant de la vie alentour, des proches, famille élargie, voisins, collègues, amis, etc. On bavarde dès la prime enfance. On bavarde en attendant, on bavarde au bistrot, dans les boutiques, on papotait à la veillée, on papote devant la télé, lors des cérémonies religieuses, au marché, dans la cour de récréation ; bavarder, c'est "rapporter" les toutes petites choses de la vie, parler pour ne rien dire sauf l'essentiel "tu es là, je suis là, voilà ce qui se passe". Le bavardage est tellement fondamental et urgent qu'il s'infiltre partout, même dans les réunions professionnelles, les conférences, les cours. Rien ne résiste à la tentation du bavardage. On "veut dire" ("You see what I mean"...), on répète...

Racontars et commérages, causette : le bavardage est formé d'énoncés échangés sur le monde qui "nous regarde", des autres qui nous intéressent (l'entre-nous : inter-esse) : qui fait quoi, avec qui ? Qu'est-ce qu'elle / il devient (gestion des stratégies amoureuses et matrimoniales) ? Qui dit du bien / du mal, elle le trompe, tu as vu comment il l'a regardée, tu crois qu'il est gay, etc. ? Que font ses enfants ? Et tout cela à propos des voisins, des collègues, des copains d'avant, des décès et des mariages, des récoltes.
Pour Robin Dunbar, ce qui fait marcher le monde, le lubrifie en quelque sorte, est ce bavardage continu, sorte de grooming verbal : "it's the tittle-tattle of life that makes the world go round, not the pearls of wisdom that fall from the lips of the Aristotles and the Einsteins". "L'universel reportage" que dénonçait Mallarmé, et qu'illustrait selon lui la presse, importe donc davantage que "l'absolu".

Robin Dunbar réhabilite le bavardage
  • Le bavardage (gossip), interprété comme grooming, est déterminant pour l'entretien de la réputation, la gestion de l'influence (le rôle des invitations, des repas, etc.), de l'image. Echanges, partages d'information, recommandations, complicité... 
  • Les humains évoluent au sein de réseaux sociaux dont la taille maximum est de l'ordre de 150 personnes ("cognitive limit", "Dunbar's Number"). Au-delà, on ne sait plus de qui l'on parle, qui nous parle, ni à qui l'on parle. Que signifie, dans cette optique, quelques centaines d'amis ou plus sur Facebook ? Tous les amis ne se valent pas (quel quantilage pour trier ?).
  • Le cercle restreint des personnes avec qui l'on a des relations étroites ("people with whom you can simultaneously have a deeply empathic relationship"), les "intimes", compte une quinzaine de personnes. C'est le nombre que l'on obtient si l'on demande à quelqu'un le nombre de personnes dont le décès le / la dévasteraient (d'où son nom : "the sympathy group") ; en moyenne, il / elle en cite une douzaine.
  • La fréquence des inter-relations au sein d'un groupe varie avec sa taille. Couverture / répétition ?
  • La presse locale alimente ce bavardage avec les rubriques de faits divers locaux, l'état-civil ; la presse magazine étend l'objet du bavardage à des inconnus, des "people" ("intimate strangers") : bavardage passif. 
  • Le bavardage est aussi un terreau pour la poésie et la musique ; son bruit de fond appartient au paysage sonore (soundscape). Cf. Anne-James Chaton et la sous-conversation des médias.
Si l'évolution du langage va dans le sens de l'optimisation du temps disponible pour les interactions (le grooming original prenant trop de temps), le réseau social avec son bavardage numérique représente-t-il le stade supême du groomingLes réseaux sociaux numériques n'inventent pas le social, ils l'industrialisent. Peut-être. Peut-être sont-ce des réseaux formés par et dans des sociétés qui n'ont plus le temps (cf. "It's complicated. C'est la faute à Facebook" !).
Comment évoluera le bavardage ? Avec la communication numérisée (omniprésence, photographie et vidéo), le bavardage qui était jusqu'à présent un discours sans trace est désormais enregistré ("save chat history" propose Google), écrit, réduit en data et metadata, stocké. Sa valeur pour le ciblage publicitaire est incomparable, d'autant que, pour l'instant, cette data est collectée gratuitement. Mais il fait aussi l'objet de résistance (cf. The time of Snapchat: the ephemeralnet).
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dimanche 3 avril 2011

De quoi sont faits les faits divers


Louis Chevalier, Splendeurs et misère du fait divers, Editions Perrin, 2004, collection tempus, 2010, 182 pages, 7€

Sous ce titre balzacien se dissimule un cours pour le Collège de France. Louis Chevalier est connu pour son travail sur l'histoire politique et sociale de Paris au XIXème siècle, notamment pour son livre intitulé Classes laborieuses, classes dangereuses (1958).

Qu'est-ce qu'un fait divers ? Expression curieuse qui, à la notion de "fait" pour la fabrication, ajoute celle de "divers" pour y classer ce qui n'est pas classable ailleurs : catégorie résiduelle d'une taxonomie documentaire et journalistique insuffisante (d'ailleurs, les manuels de journalisme s'y empêtrent). Marielle Macé ne voit-elle pas dans certains Petits poèmes en prose du Spleen de Paris, des "détournements de faits divers"... (in Le genre littéraire, p. 108, GF). Charles Baudelaire lui-même stigmatisait les gazettes : " Le journal, de la première ligne à la dernière, n'est qu'un tissu d'horreurs. Guerres, crimes, vols, impudicités, tortures, crimes des princes, crimes des nations, crimes des particuliers, une ivresse d'atrocité universelle. // Et c'est de ce dégoûtant apéritif que l'homme civilisé accompagne son repas de chaque matin." (in "Mon coeur mis à nu").
La place du fait divers dans la presse est difficile à établir, entre voyeurisme louche et commercial d'une part, approche des faits sociaux sans légitimité scientifique (politique, démographique) d'autre part. Crimes, people, vécu (cf. le sous-titre du magazine Closer), le fait divers reste un plat de résistance au menu des médias. Un magazine récent le revendique, Polar et Crimes, "magazine de Faits Divers" mais il y a aussi Les Archives du crime, Dossiers criminels, et bien d'autres, et il reste Détective lancé en 1928 par Gallimard où ont écrit Kessel, Carco, Mac Orlan, Albert Londres, et qui est chaque semaine dans les kiosques.
Les faits divers criminels alimentent de nombreuses séries à  la télévision ("Dexter", "CSI", "Criminal Minds", etc.) et des chaînes à temps plein : truTV, Crime and Investigation Channel, AXN Crime, Sky Krimi, RTL Crime, etc.

Louis Chevalier s'intéresse en historien au fait divers et en détecte les traces chez les romanciers du XIXème siècle (Hugo, Stendhal, Balzac, Dumas...). Le fait divers accède à une dignité sociale et même philosophique : l'auteur évoque Marx, journaliste pour le New York Tribune, dont les articles partaient d'un fait divers pour lancer une réflexion politique. Le fait divers intrigue : Merleau-Ponty et Barthes y trouvent pâture universitaire; Georges Auclair décèle "Le Mana quotidien" en analysant les "Structures et fonction de la chronique des faits divers" (1970). Au tout premier âge de Libération, la rédaction voyait dans le fait divers un objet de prédilection du journalisme politique... Le cours de Louis Chevalier s'achève sur une longue référence à Hitchcock, plus éclairante que beaucoup de théorie, à propos de son film "L'inconnu du Nord-Express", ("Strangers on a Train", 1951).

De la rubrique des "chiens écrasés" aux analyses de Michel Foucault (Moi, Pierre Rivière...) en 1973 (dont on fera un film), les faits divers ont gagné en légitimité. Cet ouvrage agréable n'en élucide pas la logique médiatique et l'on reste sur sa faim quant au rôle manifestement important du fait divers dans la construction de l'actualité par les médias et dans sa réception par les lecteurs (mentionnons à ce propos l'ouvrage de Laurent Briot sur La France des faits divers qui exploite la presse régionale). On ne sort pas du paradoxe du fait divers : à la base des romans, des films, des médias de toutes sortes, il reste relégué, mal pensé. Sans doute faut-il remettre en question les classements qui rejettent tous ces faits dans une même catégorie sans raison. Le fait divers n'existe pas, il n'ya que des faits. D'ailleurs, comment un moteur de recherche les reclasse-t-il, ces "faits" sans mot propre ? A partir de quelle requête débouche-t-on sur un de ces "faits" avant qu'un média les ait baptisés et catégorisés "divers"?

mercredi 29 décembre 2010

Faits divers en trois lignes : Twitter en 1906

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Félix Fénéon, Nouvelles en trois lignes, Editions cent pages Cosaques, 2009 (non paginé)

C'était avant Twitter.
Fénéon, ancien employé au ministère de la guerre (1881-1894), soupçonné d'attentat anarchiste, rédige en 1906, pour un quotidien national, Le Matin, des faits divers en trois lignes. Fénéon est libertaire, dreyfusard ; il dénonce le colonialisme, le militarisme, l'église... Il sera critique d'art, aux admirations admirables (Rimbaud, les Impressionnistes, Mallarmé, Apollinaire, Jarry, Valéry, Matisse, Proust...) et il dirigera La Revue Blanche à laquelle il fit collaborer Debussy et Gide. Il traduisit un roman de Jane Austen et, surtout, car il était passionné de peinture, vendit des tableaux dans des galeries.

Pris un à un, ces petits textes (1210) produisent un effet bizarre qui les apparente à certains énoncés dada ou surréalistes. Juxtaposés, publiés bout à bout, à raison de trois par page, ils donnent aujourd'hui, sous des dehors d'actualité aléatoire, une image cocasse, anarchique du monde, tendre et tragique. Effets de montage, effets de brièveté...

Extraits :
  • "Tombant de l'échafaudage en même temps que le maçon Dury de Marseille, une pierre lui broya le crâne".
  • "Dormir en wagon fut mortel à M. Emile Moutin de Marseille. Il était appuyé contre la portière ; elle s'ouvrit, il tomba".
  • "Radieux : "j'aurais pu avoir plus!", s'est écrié l'assassin Lebret condamné à Rouen aux travaux forcés à perpétuité".
Le format s'y prêtant, quelqu'un a eu l'idée de publier ces faits divers traduits en anglais, à raison d'un par jour, sur Twitter où ils retrouvent leur rythme d'origine : http://twitter.com/#!/novelsin3lines

Ces textes, que publia un grand quotidien national (Le Temps, dont héritera Le Monde), invitent à penser la catégorie journalistique de "fait divers", de "quotidien", par opposition à "l'événement" : "fait divers" pour les uns, "événement" pour les autres ? En vrac :
  • Le fait divers est l'opposé du "pseudo-event", plus ou moins people, construit par et pour les médias (cf. Daniel J. Boorstin). 
  • Il s'agit de "nouvelle", au double sens du terme : le fait divers annonce quelque chose de nouveau, de vrai, d'imprévu et raconte brièvement une histoire dramatique, lue en une seule fois. 
  • Il n'y a que la presse régionale pour couvrir régulièrement les "faits divers", rendre compte des faits de la vie ordinaire, inclassables (divers) dans les catégories courantes. 
  • Le fait divers, au plan de la notoriété, appartient à la longue traîne des événements
  • Libération, du temps de Sartre, mit le fait divers au coeur du journalisme.
  • Twitter pourrait être un outil formidable de traitement des faits divers.

Sur Félix Fénéon :
Wikipedia et l'article de kairos dans Mediapart, "Le très curieux Félix Fénéon ou trois lignes d'anarchie dans les belles-lettres", 23 janvier 2010.
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