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samedi 31 août 2013

Une appli totale pour la 9ème Symphonie de Beethoven

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Beethoven's 9th symphony, Touch Press / Deutsche Grammophon, 2013, sur iTunes, $13.99

Toutes les possibilités multimédia et interactives de l'iPad ont été mobilisées par cette appli. L'ergonomie a été calculée et l'on se trouve devant un véritable tableau de bord des fonctionnalités présentant l'œuvre parmi lesquelles on peut choisir selon ses propores objectifs. Il faut toutefois quelque temps pour se familiariser avec les possibilités de l'appli ; l'interface n'est pas entièrement intuitive. Ainsi peut-on choisir le mouvement travaillé, l'interprétation écoutée et regardée, la version de la partition, les commentaires techniques (tempi, instruments d'époque, etc.).
L'ensemble a été conçu comme une totalité autonome, fermée, coupée du Web : elle est pensée pour être "consommée" hors connexion Web, si possible avec écouteurs. Structurellement, l'accent est mis sur la simultanéité des utilisations et leur enrichissement mutuel : la musique savante peut être comprise comme une illustration de compétences multi-tâches (multitasking). Cela laisse imaginer des évolutions pour l'interactivité au service de la compréhension et de la didactique.
Que trouve-t-on dans cette appli qui se veut totale, multipliant les angles et les approches, les moyens et les techniques ? Voici un inventaire, non exhaustif.
  • La vidéo des quatre concerts (Fricsay, 1958 ; Karajan, 1962 ; Bernstein, 1979; Gardiner 1992)*. 
  • La partition dans plusieurs versions dont la version de référence (Urtext) et le manuscrit de 1825. La présentation de la partition synchronisée est didactique : l'armature de clef reste visible constamment, les parties des différents instruments et voix peuvent être sélectionnées, etc
  • L'approche musicologique est riche : points de vue et analyses par des chefs, interprètes, compositeur, journalistes, chef de chœur. En V.O., espagnol, allemand, japonais, sous-titré en anglais. Commentaires oraux simultanés durant l'écoute.
  • On peut lire des commentaires musicologiques écrits, passage par passage, tout en suivant l'interprétation et la partition.
  • Des textes sur Beethoven, sur la 9ème
  • Le texte en allemand de l'"Ode à la joie" (F. Schiller) et sa traduction en anglais défilent au-dessous lorsque le chœur chante
  • La répartition des instruments de l'orchestre dans l'espace tout au long du concert (cf. infra) ; les points de couleurs représentant les différentes sections instrumentales clignotent lorsque les instruments jouent.
Une telle appli apporte une manière nouvelle d'écouter, voir, lire la musique ; elle remet en perspective le travail de présentation radiophonique ou télévisuelle, pour laquelle l'auditeur / téléspectateur est toujours passif (mais peut-être attentif) hors quelques jeux et concours ridicules qui desservent l'émission. Sans doute s'agit-il aussi d'un outil pédagogique remarquable (auto-didaxie) par sa diversité, ses techniques de visualisation, tant pour l'analyse de l'œuvre, la préparation au concert, l'histoire de l'art, etc. Cette appli laisse imaginer ce que pourrait être des médias consacrés à la musique savante et au jazz ; elle pourrait délivrer les auditeurs des bavardages pompeux et des clichés des rédios musicales.
Le marketing de l'appli est classique : 2 minutes d'écoutes gratuite puis il faut payer (freemium).
Touch Press a produit deux autres applis concernant la musique, l'une sur l'orchestre et une sur la sonate pour piano en si mineur de Liszt. Toutes trois exploitent les mêmes ergonomies, les mêmes structures d'exposition.

De haut en bas : disposition de l'orchestre, intervention des différents instruments.
Commentaire musicologique simultané.
Tout en bas : partition manuscrite ouverte à la page jouée.
* Note : pour cette œuvre, qui est un hymne à la fraternité, que vient faire ici Karajan qui, on aile l'oublier, fut nazi ? : "Seid umschlungen, Millionen. Diesen Kuss der ganzen Welt!", dit l'Ode à la joie (An die Freude).
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jeudi 17 novembre 2011

On the Road. Again

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Le roman de Jack Kerouac fait l'objet d'une appli pour l'iPad (12,99 $). Ce roman est une référence essentielle dans la culture américaine, la photographie, le cinéma et la poésie : Bob Dylan, Tom Waits s'en réclament... Jack Kerouac construit une image de l'Amérique de l'après-guerre, Amérique qui a disparu mais dont on peut encore rêver (une adaptation cinématographique a été réalisée en 2012, produite par F. F. Coppola). Il établit une sorte de genre littéraire, celui de la route, du voyage comme écriture (cf. Jacques Lacarrière, Chemin faisant et Jean-Christophe Bailly, Le dépaysement. Voyages en France).

L'ensemble édité pour l'iPad reprend le principe des traditionnels manuels de littérature qui mêlent extraits de texte, iconographie et documents sur l'oeuvre, sur sa réception, les critiques. L'appli donne tout d'abord le texte complet de l'oeuvre (penguin books - amplified version) ainsi qu'une comparaison commentée entre la version originale (rouleau tapuscrit dit "scroll", long de 9 m,  datant de 1952) et l'édition définitive, de 1957. S'y ajoutent des documents d'archives (sur l'édition du livre), des réactions à la publication (presse grand public), un tour du monde des couvertures du roman publié dans différentes langues. L'histoire du livre emblématique de la Beat Generation fait l'objet d'une introduction générale.

Classique dans son principe, l'iPad enrichit la manière d'approcher la littérature et de l'étudier  : l'édition numérique juxtapose divers éléments autour de l'oeuvre, permet de mieux la situer : les itinéraires du voyage ("The Trip"), les portrait des personnages du groupe ("The Beats") que fréquentait Kerouac (dont Allen Ginsberg, William S. Burroughs).
L'ergonomie de l'iPad rend la consultation des documents et le va et vient avec le roman aisés : documents audio (Kerouac lisant des passages du roman), documents vidéo (témoignages), bibliographie, etc. Le texte lui-même est émaillé de renvois, comme des notes de bas de page, situant un personnage, un lieu, une référence, etc. Ce travail n'a pas peur d'être didactique parfois. Manquent peut-être des commentaires sur la langue. La possibilité de rechercher un terme dans le texte, de placer un signet (bookmark) facilite l'orientation dans l'oeuvre.
Qu'est-ce qu'un livre ? Le support numérique transforme l'expérience de lecture, en attendant qu'il affecte l'écriture qui pourrait emprunter aux techniques du montage (mash-up)...

Présentation du contenu de l'appli .

dimanche 9 octobre 2011

Tablettes électroniques : le marché des bibliothèques publiques


La bibliothèque de Boulogne (92) met à disposition
troistypes de tablettes : Samsung, Sony et Fnackbook.
Les bibliothèques et centres de documentation constituent un enjeu pour la diffusion des tablettes et autres e-readers, ainsi bien sûr que des livres électroniques de divers formats.
On comprend que les fabricants visent ce marché, direct et indirect, constitué des bibliothèques de quartiers et de villages ainsi que d'établissements scolaires : c'est par eux entre autres que se diffusent les habitudes de lecture, et que peuvent se recruter de nouveaux clients. Ce sont de forts prescripteurs d'usages et, à terme, d'achats.

Aux Etats-Unis, bien après Sony et Barnes and Noble, amazon est entré sur ce marché et aurait déjà réalisé une pénétration importante des bibliothèques de prêts ; amazon parle dans un communiqué de presse de 11 000 bibliothèques équipées, ce qui représente toutefois à peine 10% des celles-ci. Les lecteurs peuvent y emprunter un Kindle (liseuse, e-reader) et des livres pour ce support électronique, à partir du site de la librairie.
Les lecteurs peuvent aussi annoter le livre emprunté et y retrouver éventuellement leurs notes à l'occasion d'un nouvel emprunt (technologie Whispersync). Ils peuvent aussi marquer la page à laquelle s'est arrêtée leur dernière lecture, et la retrouver. La bataille des tablettes ne fait que commencer : dans le Wisconsin, par exemple, quelques bibliothèques prêtent des iPad bourrés de livres.
En France, un même mouvement est en route. Ainsi, par exemple, à Boulogne (Hauts-de-Seine), la librairie municipale prête gratuitement trois types de tablettes : Samsung E-65, Fnacbook et Sony Reader PRS-505. L'arrivée du Kindle et la popularité de l'iPad vont dynamiser ce marché, qui concerne également la presse, magazines et quotidiens : l'iOS 5 propose une appli "Newsstand" et amazon propose un outil de gestion des abonnements (Amazon Print Subscription Manager).
De leur côté, les bibliothécaires étudient les effets des prêts de liseuses tant sur la lecture publique que sur le métier de bibliothécaire (cf. site de l'Association des Bibiothécaires de France).
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jeudi 8 septembre 2011

Facebook. Manuel des usages publicitaires

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Marty Weintraub, Killer Facebook Ads. Master Cutting-Edge Facebook Advertising Techniques, 2011, Sybex, John Wiley & Sons, Inc., Index. $16.49 (kindle edition) ; 20,73€ (papier).

Voici un manuel élémentaire traitant des usages publicitaires de Facebook. Pas de théorie, un guide pratique. Très pratique, simple, parfois trivial et qui vise certainement les publicitaires "amateurs" (pro-am). Tout pour comprendre le travail publicitaire sur Facebook : du "social graph" à la création de publicités, des KPI ("Key Performance Index") aux mécanismes de ciblage et d'achat d'espace publicitaire. Les possibilités de ciblage, qui sont l'un des atouts de Facebook, se trouvent abondamment dévoppées et illustrées. Beaucoup d'exemples, des listes de segmentations (centres d'intérêts, "Facebook Targeting Segments"). En l'absence de tout développement théorique, l'ouvrage prend parfois des allures d'inventaire.

Acheté pour kindle sur Amazon, l'ouvrage s'avère plus commode à lire sur iPad avec l'appli kindle : on peut mieux y agrandir les illustrations qui, de plus, apparaissent avec des couleurs (au lieu de niveaux de gris). En revanche, l'index est inutilisable dans les deux formats, faute de pagination et de liens hypertexte. Qui est l'éditeur responsable dans cette publication numérique, Sybex ou Amazon ? Comment peut-on se moquer  à ce point des acheteurs de la version numérique ?
Un site accompagne cet ouvrage sur le Web. Ce que j'en vois (une mise à jour et quelqes twitts) est à peu près vide et je ne suis pas arrivé  à me connecter aux autres contenus, hérissés de mot de passe et de codes. L'édition numérique n'a pas ici saisi l'occasion, pourtant superbe, de donner de nouvelles dimensions au manuel universitaire ou professionnel. Toute l'ergonomie du manuel (text book) est à revoir, qu'il s'agisse de commodité ou de didactique. Quant au prix de l'édition numérique, il paraît maladroitement élevé, surtout pour un manuel, sans justification.
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dimanche 4 septembre 2011

Poésies de l'ère numérique

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Charles Bernstein, Attack of the difficult poems: Essays and Inventions, 2011, University of Chicago Press, 282 pages

Ouvrage sur l'invention poétique par un professeur de composition poétique à l'Université de Pennsylvanie, élève de Stanley Cavell, qui dirigea sa thèse. L'ouvrage regroupe divers essais : sur l'enseignement universitaire des "humanités", sur le statut social de la poésie, sur la poésie américaine et les (autres) Amériques, etc.
Comment la modernité numérique transforme-t-elle l'expression artistique et, plus particulièrement, poétique ? Le numérique permet des reproductions des textes hors des normes de production ou de "traduction" alphabétique. La poésie, sous le coup de l'évolution des technologies de reproduction, passe de la récitation (performed poetry), au livre imprimé puis maintenant à l'écran (cf. sur iPad). L'auteur examine la situation sous plusieurs angles : l'enregistrement oral de la poésie ("Making audio visible"), l'écriture poétique avec des outils informatiques, la reproduction et le montage des sons et des images (photographie) de manières personnelles, totales ("total textuality"), etc.

N.B. sur des sujets voisins, pour les illustrer, voir, par exemple, 
  • à Berlin, certaines expositions du musée Hamburger Bahnhof (Museum für Gegenwart / Musée pour le présent), comme "Live to Tape" (Mike Steiner).
  • Callay Project, un site qui repense l'accès à l'art, donc sa définition. en exploitant, entre autres, les médias sociaux (à suivre sur Facebook, Twitter, Google+).
L'idée directrice de ce livre, délibérément dispersé, est que les technologies de communication sécrètent leurs propres formes poétiques, distinctes de celles des technologies achevées et que de nouvelles formes créatives doivent naître des technologies numériques. En même temps qu'il décortique et scrute des possibilités de créations nouvelles, Charles Bernstein stigmatise l'institution universitaire qui ne peut pas donner une place suffisante à la poésie et s'égare dans un inutile culte de l'utile.
Difficile bataille !

Pourtant jamais la créativité n'a été plus célébrée que par les cultures numériques, qu'il s'agisse d'esthétique, de design, d'ergonomie, de mathématiques et même de techniques de commercialisation. L'économie numérique manifeste un besoin continu d'innovation. Ce que souligne, de facto, la réussite d'Apple, de Pixar et de Steve Jobs (par exemple), est l'importance, pour penser mieux, de rechercher des formes nouvelles de beauté et de rationalité pratique. Non pas Rimbaud ou l'informatique mais Rimbaud plus l'informatique, Ginsberg plus le smartphone. "Epanchement du songe dans la vie réelle" (Nerval).

L'économie numérique a besoin de "surréalisme" et de "futurisme". Or nos systèmes éducatifs, passées les années de maternelle, sclérosent la créativité langagière et artistique. Enrichir les moyens d'exprimer pour enrichir les moyens de penser et d'inventer. A quoi bon des moteurs de recherche sans textes complexes, que vaudrait le ciblage comportemental sans la diversité désordonnée des énoncés ? Si l'expression langagière continue de s'appauvrir, ces outils s'exténueront dans la tautologie. Les entreprises du numérique devront se soucier du capital de poésie dans lequel elles puisent le savoir sans le savoir.

vendredi 12 août 2011

Actualités de Montaigne

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Montaigne est actuel. Sur presque tous les sujets, ce qu'il a écrit il y a plus de quatre siècles, il invite encore à penser. Pourtant, la langue de Montaigne nous est de plus en plus lointaine voire incompréhensible ; ses références historiques et philosophiques sont ésotériques pour beaucoup d'entre nous, rendant sa lecture difficile. Plusieurs éditions récentes de Montaigne se sont attelées à cette difficulté. Comment rendre Montaigne lisible, aimable, comment rendre son actualité accessible, féconde. Il ne s'agit pas seulement de la langue, mais de l'organisation même des Essais, de leur présentation à des lecteurs entraînés à d'autres médias, en somme de leur ergonomie.
Partons de l'édition postume de 1595 (la première édition date de 1580) comme point de repère. Elle est reprise par Gallimard dans la Pléiade, édition savante, dans le français de l'époque avec des notes de bas de page pour ce qui n'est plus clair à un lecteur du XXIe siècle. L'ensemble comporte 1975 pages avec index, variantes, bibliographie et plus de 400 pages de notes. Un album l'accompagnait en 2007.

En contrepoint de cette édition de référence et d'étude, voici trois éditions rompant délibérément avec l'édition originale, son ordre, sa langue pour mieux faire valoir un texte qui n'a vieilli que dans ses apparences ou, plutôt, dans son mode d'emploi.
  • Citons aussi la traduction des Essais en "français moderne" par André Lanly, Paris, Gallimard, 2008, 1534 p.
  • How to Live. A life of Montaigne in one question and twenty attempts at an answer, par Sarah Backwell, Vintage Books, London, 2011, 388 p. Index, chronology. 
    • L'auteure, décidément irrespectueuse et moderne -et en cela digne de Montaigne - sort des chemins  habituels pour rendre Montaigne lisible par un large public anglophone. Elle propose un Montaigne pratique (de type Q and A), pour apprendre à vivre, "prendre soin de soi", comme on disait. Après tout, remarque-t-elle, Les Essais ne sont-ils pas une préfiguration de ce qu'apportera le Web à la biographie avec les blogs, les pages personnelles, les murs des réseaux sociaux ? 
    • 20 questions ont été identifiés par Sarah Backwell, thèmes susceptibles d'accrocher ses comtemporains, 20 portes d'entrée, 20 chemins de pensée où suivre Montaigne. Exemples : "Do a good job, but not too good a job", "Wake from the sleep of habit", "Do something no one has done before", "Give up control". Quel programme !
  • Aux Editions Leo Scheer, Bénédicte Boudou a dirigé Le Dictionnaire de Montaigne ; elle poursuit un objectif voisin : donner envie de lire Montaigne, faciliter la lecture des Essais. Pour aider le lecteur qui a perdu son latin, cette "anthologie thématique" de 718 pages comporte d'utiles notices biographiques du monde de Montaigne (130 pages) et deux brefs index (des noms, des thèmes). Le texte de Montaigne a été traduit du français moyen au français contemporain, les citations latines sont traduites, la ponctuation modernisée. De plus, les auteurs ont effectué une recomposition en 150 thèmes dans lesquels il et aisé de s'orienter.
Dans tous ces cas, le travail éditorial consiste à rendre Montaigne aux lecteurs. Il y a eu d'autres tentatives dans les siècles passés.
A tout cela manque aujourd'hui une dimension numérique (cf. le travail récent sur Molière), la capacité de lire sur des liseuses (eReaders), avec leur portabilité, leur moteur de recherche, leur dictionnaire intégré, le partage des notes, les illustrations didactiques.  Recomposer Montaigne avec des liens, des personnalisations, etc. : en versions numériques, Kindle, iBook, applis, n'existent paradoxalement, pour l'instant et à notre connaissance, que des reprises strictes du texte de Montaigne, sans aucun travail éditorial). A comparer aussi  avec le travail effectué pour l'appli iPad consacrée à On the road de Jack Kerouac.
En attendant de telles productions, ces diverses éditions, et il y en a des dizaines d'autres, rappellent la versatilité de l'édition papier et toutes les possibilités qu'elle ouvre.

N.B. 
  • Signalons, pour replacer Montaigne dans l'évolution littéraire et le "genre essais", le travail de Marielle Macé, Le temps de l'essai. Histoire d'un genre en France au XXe siècle, Paris, Belin, 2006, 366 p. Index, Biblio. Tout particulièrement le chapitre 1, "Mémoire du genre".
  • Voir aussi l'ouvrage estival d'Antoine Compagnon, Montaigne en été.
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dimanche 19 juin 2011

Occupations littéraires : presse et livre en territoire nazi

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R.0. Paxton, O. Corpet, C. Paulhan, Archives de la vie littéraire sous l'occupation. A travers le désastre, Paris, Taillandier, IMEC, Index, 446 p.

Faire et faire voir l'histoire de la presse et des écrivains. Quelle fut la vie "littéraire" en France durant la période nazie, qui ne fut pas un "désastre" pour tout le monde, notamment pour la presse et les écrivains ? Une exposition à la mairie de Paris et son catalogue en dressent les contours. L'ouvrage regorge de documents de toutes sortes et tempère les lectures manichéennes. Malgré tout, l'impression qui ressort de cette accumulation est accablante : les écrivains ne sont pas des gens plus formidables que les autres, le talent ne leur épargne ni la couardise, ni la bassesse.

La collaboration mérite son nom : "travailler avec". La France, rappelle Paxton, était la "cour de récréation de l'Europe nazie" (p.13). Les nazis orchestraient délibérément et habilement le "consentement" de la population française, ils en avaient besoin pour concentrer leurs troupes sur d'autres fronts. Ce besoin exprimé par les nazis donne tout son sens, et son seul sens, au consentement français, au comportement de ceux qui ont continué comme avant. Où commence la collaboration ? Etre publié (Esa Triolet, Louis Aragon) et joué (Albert Camus, Jean-Paul Sartre) durant ces années, n'est-ce pas contribuer à l'acceptabilité d'une France nazie, faciliter la vie des nazis en France ?


Si la plus grande partie de la presse collabore (sauf Le Figaro et L'Aube), la Résistance donne naissance à plus d'un millier de titres clandestins et même à une maison d'édition (Minuit). La presse et les revues, avant la radio et l'affiche, sont alors le média de la résistance.

Le rôle de l'écrit pendant cette période est souligné et analysé, superbement, trop brièvement, par Jérôme Prieur : le fichage de la population et de ses activités n'a pas attendu le numérique. Les cartes de toutes sortes pullulent, les bons, les tickets, les laisser-passer... Marketing ! Les nazis savaient beaucoup de la vie privée des Français, qui ont bien contribué à cette connaissance : cinq millions de lettres anonymes adressées à la police et à la Gestapo !

Cette exposition et son catalogue sont aussi l'occasion d'une réflexion sur l'archive et la mémoire. On ne sait que ce qui a été conservé. Les "résistants" ne doivent pas laisser de traces, les "collabos" ne rêvent que d'en laisser. Inégalité devant l'archive ! De telles expositions aident à mieux comprendre cette période et surtout le rôle que jouent l'écrit et l'imprimerie, l'encre et le papier, dans une société. D'ailleurs, le catalogue est plus commode que l'exposition : le tout manque d'ailleurs de reprise numérique, une appli serait bienvenue tant pour suive l'exposition que pour en retrouver les documents (iPad).

Eléments de l'exposition

dimanche 5 juin 2011

Bibliothèque numérique du Figaro

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Cela n'a pas fait beaucoup de bruit, c'est bien dommage.
Voici une application gratuite (iPhone, iPad), bien faite, qui propose des ouvrages repris de la collection publiée en 2008 par Le Figaro et les Editions Garnier. Bibliothèque d'ouvrages classiques que l'on étudie, ou étudiait ou devrait étudier dans les classes. La présentation est claire, la lisibilité excellente, l'ergonomie essentielle évidente. Reste à augmenter le nombre d'oeuvres proposées.
Copie d'écran d'Ipad. Sommaire pour une oeuvre.

Accompagnant chaque texte intégral, l'éditeur fournit quelques outils complémentaires : résumé, indications biographiques, situation de l'oeuvre, sélection de passages clés, dont l'un est lu à haute voix.
Un dictionnaire intégré manque toutefois terriblement. Cela permettrait -d'autres applis le font (iBook, Kindle)- d'un simple click, d'accéder à la définition plus ou moins détaillée d'un mot. Indispensable pour lire des oeuvres anciennes.

Les forts en thème trouveront à redire : la documentation est restreinte, les fonctionnalités limités, etc. Certes. L'ambition de cette bibliothèque n'est pas, à ce stade, de constituer des outils scolaires mais de disposer de ces textes sur un support mobile, tablette ou smartphone,  pour le plaisir de lire.

Finalement, la presse renoue avec son histoire, lorsque, au 19e siècle, elle publiait en feuilleton certains de ces grands textes quand leurs auteurs étaient vivants : Balzac, Baudelaire, Gauthier...
Pour une prochaine mise à jour, on aimerait un dictionnaire, un moteur de recherche plus riche, des signets plus commodes.

N.B. A propos de "Un coup de dés" : pourquoi n'avoir pas profité des possibilités du numérique pour restituer une édition adaptée aux exigences mallarméennes de mise en page, au lieu de réduire ce poème à une désolante et linéaire uniformité ?
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mercredi 4 mai 2011

Le livre, à la manière des tablettes : Point Deux (.2)

Affichage sur MediaKiosk



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Les tablettes s'emparent du livre. Le livre se moque des tablettes, et s'en inspire. C'est Point 2 (.2).

Conçu par l'éditeur néerlandais Jongblet, repris, en France, par les éditions La Martinière (Seuil, 11 €), il s'agit un mini format dit "ultra-poche" (8x12 cm, 123 g) tenant compte de l'évolution des attentes provoquées par la fréquentation des smartphones et surtout des tablettes, l'iPad étant la référence. Il s'agit de modifier l'ergonomie des livres pour en maximiser la maniabilité (dont la portabilité) : reliure "vol-au-vent", lecture en mode paysage, parallèle à la reliure avec des lignes plus longues, papier opacifié, marque-page, etc.

Maniable, ce livre l'est puisqu'il tient dans la main, ne se referme pas trop quand on l'a ouvert. Retenons de ce nouveau format que l'on peut encore apporter des améliorations au livre traditionnel, que le papier mérite encore des innovations, des startups, des investissements technologiques. Le numérique force les médias traditionnels à évoluer, il ne les condamne pas. Ce qui les condamne, c'est un passage conformiste, sans réflexion, au numérique, une abdication technologique. Regardez la présentation vidéo par le site de l'éditeur qui compare les Point Deux aux tablettes, elle ne manque pas d'humour.

Parmi les premiers ouvrages publiés (35 titres au catalogue la première année), j'ai lu les "Chroniques de la haine ordinaire" de Pierre Desproges, qui reprennent le texte de ses émissions sur France Inter, en 1986. Puisque l'on parle de médias, je vous recommande le chapitre "Sur la grève" (de l'audio-visuel public) du 16 mai 1986 (p. 147 ; d'ailleurs, vous observerez à cette occasion que, si l'éditeur a changé le sens des pages, il a toutefois laissé la pagination à son ancienne place...). Et Pierre Desproges, vingt cinq ans après, est toujours d'actualité, tandis que les noms de ceux qui dirigeaient les médias à l'époque sont bien oubliés.

dimanche 20 mars 2011

Etre à la page

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Gorgias (Platon, Belles Lettres). Pagination Estienne
à droite. Ex.: le mot souligné est entre 451d et 451e.
En passant du papier aux écrans, les livres ont brouillé leur pagination. Une autre s'y est substituée, relativement approximative et qui ne permet guère au lecteur de s'y retrouver, de citer précisément, etc. Les utilisateurs s'en plaignent et notamment ceux des Kindle.
Avec le support numérique, le lecteur a la capacité de zoomer et d'adapter à sa vue la taille des caractères(font size), donc de la page. De plus, l'acheteur d'un livre numérique peut le lire sur un Kindle mais aussi, à d'autres moments, sur une tablette (iPad), un smartphone, un ordinateur... Au-delà de la versatilité des supports et des expériences de lecture, il fallait retrouver un universel facilitant la communication et le partage des références (ayons une pensée compatissante pour "les damnés de la thèse", ces arpenteurs de bibliographies !).

Amazon propose une pagination reprenant exactement, au signe près, celle de la mise en page des livres de papier (les originaux). Cette pagination n'est pas affichée en permanence, il faut appuyer sur le bouton "menu" pour la faire apparaître.
Le besoin d'une référence universelle n'est pas facile à satisfaire. Le cas classique est celui des oeuvres de Platon : l'édition Estienne (Genève, 1578) sert de référence à toutes les éditions ultérieures. 
Le livre de papier, vaincu, aurait-il vaincu son féroce vainqueur ? Provisoirement, car, bientôt, les originaux seront numériques, dont les livres de papier ne seront qu'une version particulière. Une pagination numérique triomphera, mais s'agira-t-il encore de pages, de livres ("non-book texts", dit D.F. McKenzie) ? Pourquoi pas des marqueurs universels (tags) auxquels le lecteur ajouterait ses marqueurs personnels (déjà possible avec les e-readers ?
Le besoin de pagination ne touche pas que la lecture, mais aussi l'écriture. Google Docs ajoute la possibilité de "voir" les textes écrits avec le traitement de texte découpés en "pages" ("the hability to see visual pages on your screen") pour les imprimer ("native printing") et non plus de laisser le texte "compact".
L'imprimé impose sa culture visuelle au numérique.
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dimanche 27 juin 2010

Ecriture et polyphonie numériques

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Evoquons d'abord l'oeuvre majeure du romancier américain John Dos Passos, USA Trilogy : The 42th Second Parallel, NineTeen NineTeenThe Big Money (1930-1932-1936)Cette trilogie romanesque sur les Etats-Unis entremêle quatre modes narratifs :
  • des récits au style indirect de la vie de douze Américains
  • Newsreels, collages d'extraits de la presse de l'époque (Chicago TribuneNew York World), titres, articles, messages publicitaires, paroles de chansons
  • The Camera Eye qui laisse parler les "états de conscience" ("stream of consciousness"), une "sous-conversation" du narrateur 
  • des biographies de personnages "historiques" (Henri Ford, Thomas Edison, etc.). 
Jean-Paul Sartre célébra Dos Passos (texte repris dans Situation, I, que vient de rééditer Gallimard) et signala cette polyphonie dans laquelle il retrouvait "le point de vue du choeur, de l'opinion publique".

Second exemple. Dans ses Essais de Théodycée, Leibniz imagine des livres munis de liens hypertextes renvoyant à des images de la réalité (zooms). Ce que la déesse Pallas montre à Théodore dans un appartement monde, "le livre des destinées" : "Mettez le doigt sur la ligne qu'il vous plaira [...], et vous verrez représenté effectivement dans tout son détail ce que la ligne marque en gros" [...] "On allait en d'autres chambres, on voyait toujours de nouvelles scènes" (o.c. p. 361). Nous sommes en présence d'une sorte d'iPad avec une interface qui deviendra classique recourant à des métaphores spatiales (appartement, chambre, etc.). Sorte de réalité virtuelle (VR).

Ces deux textes illustrent le besoin, manifeste depuis longtemps, d'un mode de narration polyphonique, plurimédia, mulidimensionnel que rendent aujourd'hui possibles Internet et les tablettes. Aujourd'hui, la trilogie de Dos Passos combinerait interviews audio, liens vers des journaux, vidéo, messages publicitaires, textes, photos, etc. Les biographies qu'imagine Leibniz aussi.
Une nouvelle "écriture" peut naître des nouveaux suppports numériques. Un livre numérique n'est pas le support nouveau de livres anciens conçus pour le papier, selon des normes éditoriales établies il y a quatre siècles ou plus, et numérisés à l'identique. Pour John Dos Passos, écrit Jean-Paul Sartre, "Raconter, c'est faire une addition" (o.c.). Addition multimédia aujourd'hui.
  • Le livre électronique désigne une oeuvre écrite par un auteur numérique (tentons cette expression) pour des supports numériques (eBooks). C'est la possibilité et la promesse d'une nouvelle écriture (et le fondement d'un droit d'auteur). Tel quel, ce livre n'existe guère (ou pas encore). Son droit d'auteur, lorsqu'il se mettra en place, devra-t-il s'inspirer de celui du cinéma (l'oeuvre cinématographique est convergence et synergie de métiers) ?
  • Ce n'est pas seulement un support matériel ("opus mechanicum", "ein körperliches Kunstprodukt", dans les termes de Kant), ce qui regrouperait aujourd'hui un ou plusieurs fichiers lisibles sur un support électronique quelconque (kindle, iPad, PC, iPhone, etc.). 
  • Ne pas commettre l'erreur de confondre en un seul mot les deux notions ("und nun besteht der Irrtum darin, dass beides miteinander verwechselt sind", Kant, o.c.).
  • La notion d'auteur revient à l'ordre du jour, retrouvant des situations connues autrefois par les oeuvres pour le papier (cf. l'illustration par Roger Chartier dans Cardenio entre Cervantès et Shakespeare. Histoire d'une pièce perdue).
Note bibliographique
Kant (Immanuel), "Was ist ein Buch", in Die Metaphysik der Sitten, 1797, (je ne trouve pas de traduction française en librairie !).  En allemand et en gothique
Benoit (Jocelyn), "Qu'est-ce qu'un livre", Textes de Kant et Fichte, PUF Quadrige, 1995
Foucault (Michel), "Qu'est qu'un auteur", 1969, Dits et écrits 1, Gallimard Quarto, pp. 817-849
Leibniz (Gottfried, Whilelm), Essais de Théodycée, 1710, Editions GF-Fammarion, 1969
Chartier (Roger), "Qu'est-ce qu'un livre ?", Les Cahiers de la Librairie, N°7, janvier 2009
Chartier (Roger), Cardenio entre Cervantès et Shakespeare. Histoire d'une pièce perdue, Gallimard, 2011
Macherey (Pierre), "Qu'est-ce qu'un livre", Université de Lille, novembre 2003

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jeudi 27 mai 2010

Fantômette aux mille ruses

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Au Marché du Livre ancien et d'occasion du Parc Georges Brassens (rue Brancion, Paris XV), j'ai trouvé des "Fantômettes". Et je suis retombé dans l'enfance de nos enfants. Nostalgie de cette Fantômette "aux mille ruses" ("polumétis"), comme Ulysse. Fantômette tient à la fois de James Bond, de McGyver et de Wonder Woman. La panoplie de Fantômette s'est vendue dans les magasins de jouets, entre celle de l'infirmière et celle du magicien. Image positive et féministe du féminin.

Les romans de Georges Chaulet (52 titres dans la Nouvelle Bibliothèque Rose, le premier publié en 1961) ont connu un grand succès, plus d'un million d'exemplaires vendus. Fantômette ira, plus tard, à la télé pour une série diffusée par France 3 et Canal J (1992) puis une série animée (mêmes chaînes, 2000). Les livres seront traduits en espagnol, en chinois, en russe, en japonais, en turc, en portugais.

Fantômette est maintenant sur Internet, bien sûr : une page perso (Mille Pompons), bien conçue et réalisée, couvre diverses facettes du mythe. Il y a aussi Génération Fantômette complet, mais sans l'enchantement. Hachette, l'éditeur historique, ne propose rien (me semble-t-il). Dommage. Internet, l'iPad peuvent-il ressusciter Fantômette ? Ou bien appartient-elle à son temps, avec son complice Oeil de Lynx, journaliste à France Flash, avec Ficelle et Boulotte, définitivement prisonniers de la couverture cartonnée rose et des illustrations qui ont fait rêver des générations de très jeunes filles. Faudrait-il repenser Fantômette, Super Woman en Converses, avec son portable, textant, googlant les vilains sur Internet, communiquant avec ses amis sur les messageries ?

"Fantômette et la télévision" ? Le livre est publié en 1966-67. Années fatidiques pour ce média : c'était l'année de la télé en couleur, l'année où l'équipement télé des ouvriers rattrapa celui des "cadres supérieurs et professions libérales", c'était aussi la dernière année sans publicité... Dans ce roman, Fantômette est l'héroïne d'une série qui lui est consacrée et dont le livre raconte le tournage... mais dont elle n'est pas l'actrice qui joue son rôle. Compliqué ! Tout autant que L'illusion comique !

Allons, Muse, c'est la fille aux mille tours qu'il faut nous dire...
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mardi 18 mai 2010

Pierre Boulez à voie nue

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Encore un livre qui n'est plus tout à fait un livre et qui, avec ses CD, énonce le besoin d'un support plus approprié (la tablette, par exemple). Véronique Puchala (éditions Symétrie) a réalisé en 2005 avec Pierre Boulez cinq émissions de trente minutes chacune, diffusées sur France Culture. Voici le prolongement de ces entretiens : un livre, 2 CD.

Depuis les années 1960, Pierre Boulez n'a cessé de faire "penser la musique" mais aussi, en chemin, de bousculer la pédagogie, la communication, de provoquer l'innovation. Pour que la musique pense et qu'on la pense. Depuis ses débuts, Pierre Boulez est sensible et sensibilise à la transformation de l'univers sonore et de la perception par l'électronique et ses "machines" (l'intervention de l'illimité et du mesurable). On lui doit l'IRCAM où s'effectuent recherches et expérimentation sur la musique, l'acoustique. On lui doit aussi l'Ensemble Intercontemporain.

Pierre Boulez, comme compositeur et chef d'orchestre, a été sans cesse confronté à la dialectique de l'innovation (écrire des oeuvres nouvelles, diriger des créations) et de la tradition (jouer les oeuvres achevées, classiques, les rafraîchir, les désengluer de leur tradition). Tous ces problèmes sont aussi ceux que rencontre le travail des médias. La proximité de la réflexion boulézienne avec les problèmes rencontrés pour faire "penser les médias" est frappante.

Le discours de Pierre Boulez qui désoriente et désenclave, par ses références, son irrévérence intraitable qui mérite le respect, est une invitation constante à inventer, à comprendre et gérer la modernité, à concilier la rigueur et la création. Discours et pratiques décapants, qu'il s'agisse du rituel du concert (impératif de liberté) ou de la relation aux maîtres et professeurs (impératif d'égalité). Et puis une passion de la précision et de l'intuition.
Lire Boulez, l'écouter c'est se donner une occasion de réfléchir, et peut être ensuite de revenir à son oeuvre, ses écrits nombreux, ses enregistrements et ses oeuvres. Après ce livre/CD on l'entendra mieux, on l'écoutera. Dommage que l'on n'ait pas un DVD, illustrant la réflexion de Boulez sur le geste dans la communication avec l'orchestre. Mais on peut voir beaucoup de Boulez sur YouTube. Regardez le, par exemple, écoutez le expliquer et diriger "Sur Incises". L'iPad et d'autres supports électroniques peuvent livrer et relier tous ces documents tellement mieux que les "livres" de papier.

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