jeudi 7 juillet 2016

Naissance d'une presse européenne d'information politique


Marion Brétéché, Les compagnons de Mercure. Journalisme et politique dans l'Europe de Louis XIV, 2015, Paris, Champ Vallon, 356 p., Bibliogr., Index, 27 €.

Le siècle de Louis XIV fut un siècle d'intolérance religieuse : la désastreuse Révocation de l'édit de Nantes (octobre 1685) déclenche des persécutions contre les protestants.
En Europe, les Provinces Unies constituent, en revanche, un pôle de résistance au monarque français ; les libertés politiques et religieuses y permettent l'édition et la publication de périodiques d'actualité écrits en français, alors langue internationale, koiné des élites européennes. Ces périodiques, qui sont bien sûr interdits en France, bénéficient d'une circulation internationale ; ils font de l'information politique européenne un objet d'analyse et de publication.

Ces périodiques nouveaux, qui comptent une centaine de pages par numéro, traitent d'informations politiques européennes : acteurs des gouvernements, guerres en cours, négociations, traités, événements européens, actualité... Naissance de la presse, bien sûr, mais on pourrait y voir aussi la naissance de ce que Alfred Grosser appellera "l'explication politique" (cf. "une introduction à l'analyse comparative", 1972) et, dans le sillage de l'explication, la naissance d'une science politique qui rompt avec la philosophie politique.
L'ouvrage  de Marion Brétéché se présente comme une contribution à "une histoire sociale du journalisme" et de la "vision du politique". L'auteure étudie l'activité de la douzaine de journalistes qui rédigent les "mercures" ; ils se distinguent des gazetiers. Exilés, anonymes, ils donnent "une publicité nouvelle à la politique" : ils se veulent des experts de l'histoire politique du temps présent : ils "constituent la politique en savoir", dégagent la construction des faits politiques et d'un "espace public" (cf. J. Habermas).
L'auteure analyse d'abord le dispositif éditorial de ces "mercures", puis les configuations socio-professionnelles de leur production : fonctions politiques, pratiques d'écritures et formes éditoriales (narrations, épistolarité, fictionnalisation, compilation, réécriture, traductions, republications). Enfin, le travail se tourne vers les lecteurs, les publics du politique au-delà de ses acteurs. Mais, à cette époque, il n'y a pas encore de politique de communication des gouvernements.

L'ouvrage constitue une contribution essentielle, méticuleuse à l'histoire du journalisme politique, à son autonomisation comme métier. C'est aussi une réflexion sur les relations internationales en Europe, la constitution de disciplines internationales (droit, politique).

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