lundi 28 septembre 2026

Industriels et banquiers au bon temps de l'Occupation nazie

 Annie Lacroix-Riz,  Industriels et banquiers français sous l'Occupation, 1210 p., Paris, Bibliogr., Index, Dunod Poche, Préface d'Alexandre Jardin.

Professeur des universités, cette normalienne a produit un ouvrage énorme, "monumental" (1210 pages dont 144 pages de notes et 20 pages de bibliographie) qui a été publié en 2013 et repris en édition de poche en 2026.

« La France nous fut donnée » dira le général nazi Walter von Reichenau, ce que ne conteste pas Annie Lacroix-Riz. Les dirigeants de la finance et de l'industrie française collaborèrent de tout coeur mais surtout avec beaucoup d'intérêt. Les Bichelonne, Pucheu, Lehideux (qui livra les Républicains espagnols à l'occupant), Berthelot, Guérard, Langeron, Bouthillier, Bousquet, etc. furent parmi les héros de l'époque. Les modalités de la collaboration furent multiples et continuèrent les collaborations de l'entre-deux guerres ce que l'auteur qualifie de "pré-Collaboration". Le livre s'achève avec "la ferveur germano-européenne" mais aussi avec le rapprochement des Français et Américains (moins convaincant, moins documenté surtout, d'autant que l'auteur affiche des sympathies communistes).

Enfin, il s'agit d'un grand livre d'histoire, précis, clair complet, très utile donc à ceux qui travaillent sur cette période qui est encore loin d'être parfaitement éclaircie.

dimanche 27 septembre 2026

La Collaboration à bicyclette

 Sébastien Albertelli, Clément Dusong, La petite reine des années noires. Histoire de la bicyclette sous l'Occupation, Editions Taillandier, 2026, 360 p. Index, Bibliogr.

Belle histoire, et de petites histoires aussi, de la collaboration de la grande majorité des Français avec l'occupant nazi. On voit à l'oeuvre la collaboration douce : la bicyclette est d'abord utilisée pour trouver du ravitaillement dans les villages agricoles (marché noir ou gris) et pour se rendre au travail. Mais elle  est utilisée aussi pour des excursions touristiques : Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre, pas très engagés, parcourent la France à vélo.
Il y a l'exode de mai 1940, qui se fait souvent à vélo. Bientôt, les foyers et les marchands de cycle sont obligés, de plus en plus, de donner leur(s) bicyclettes aux Allemands, parfois contre une faible rémunération. Les Résistants, de leur côté, font bon usage des deux roues pour leurs activités militantes ; le danger les guette pourtant.
De nombreuses compétitions cyclistes continuent d'avoir lieu malgré tout et le livre donne une illustration d'un peloton de coureurs effectuant un salut nazi avant le départ. Marchal, nous voilà !
Le livre est bien construit racontant la place la bicyclette dans la vie quotidienne des Français insérant dans le récit des dessins de la presse de l'époque mais aussi quelques statistiques bien choisies. Le livre se lit aisément qui parfois laisse poindre, discrètement, des remarques ironiques sur l'attitude des Français, plutôt collabos. "Douce France", chantait Carles Trénet en 1943, nostalgique ?

vendredi 25 septembre 2026

Poèsie en langue allemande

Ingeborg Bachmann, Toute personne qui tombe a des ailes - Poèmes 1942-1967, édition bilingue, traduction de l'allemand par Françoise Rétif, Paris, 2025, 590 p.

C'est une belle et nouvelle édition, et plus complète, que nous donnent les éditions Gallimard avec ce recueil des poèmes d'une vie, d'une vie de femme autrichienne de seize à quarante-sept ans. L'édition bilingue permet aux lectrices et lecteurs germanophiles d'aller de l'allemand original au français traduit et retour pour mieux comprendre le poème allemand, tous les jeux de mots, toutes les allusions mais aussi tous les doutes. Car la compréhension d'un poème est affaire de doutes plus que de certitudes...

Si elle a soutenu une thèse sur Martin Heidegger (en 1985), en France, nous connaissons d'abord Ingeborg Bachmann grâce à Paul Celan et l'on peut - Françoise Rétif nous y aide dans sa préface- trouver des influences de l'un/e à l'autre. Car un dialogue s'est noué entre les poèmes de l'une et de l'autre, influences biographiques et poétiques, "getauscht, um getröstet zu sein" ("échangés pour être consolés"). Voir "le poème au lecteur" (pp. 423) : "Denn ich vergehe nach dir" ("Car je languis loin de toi").
Ingeborg Bachmann eut de nombreux amants dont le Secrétaire d'Etat américain Henry Kissinger rencontré en 1955 à Harvard, et l'écrivain suisse Max Frisch. Elle fut membre du Gruppe 47.
Pour l'essentiel, l'oeuvre de Ingeborg Bachmann est méconnue du grand public francophone. Cet ouvrage devrait lui permettre d'entendre cette parole poétique d'une femme de langue allemande.